1275 âmes

En un sens c’est une pourriture, une raclure, et je ne m’y frotterais pas, de peur d’être contaminé par les infections qui pullulent dans son bled pourri : Potts « qu’est, à peu près aussi proche du trou de balle de la Création qu’on peut se le permettre, sans se faire mordre un doigt. » Oui, il n’est pas forcément beau à voir, mais on ne peut pas s’empêcher de sourire avec compréhension à ses manigances, à Nick Corey, Shérif du comté des Pottsvillois, cette bande de démons cyniques qui ne peuvent s’empêcher de montrer les dents, toujours prêts à pendre, à fusiller, ou, c’est le minimum, à cracher leur chique sur leur voisin (mais de préférence sur les étrangers et les nègres, tu vois le genre).

Les malformations morales des habitants de ce bled, contrairement à ce qui se passe dans le splendide Nuit de fureur, ne génère pas de difformités physiques remarquables, seulement certaines laideur langagière : « Tu as de l’éducation, Nick. Pourquoi parles-tu comme un illettré ? – L’habitude, j’imagine. On s’encroûte, à force. La langue et la grammaire, c’est comme le reste, ça se rouille. On s’en sert pas – puisqu’il y a pas vraiment de demande -, alors on tarde pas à perdre la main. Le bien et le mal, par exemple, on finit par plus savoir ce qu’est l’un et ce qu’est l’autre. » 1 275 âmes (par qui ont été zigouillés les 5 du titre anglais Pop 1 280 ?) serait-il une sorte de manifeste Krausien, inspiré des Derniers jours de l’humanité ? Si le parallèle entre les grossiers personnages du Sud américain, racistes, violents, bigots (entre autres choses) et les Viennois, nationalistes, bellicistes et raffinés (entre autres qualités) ne prêtait pas à rire, je serais prêt à le soutenir. D’ailleurs, le rire ne manque pas, malgré les habitants de Potts, ou plutôt grâce à leur énormité, et parce que les coups qui se donnent sont tellement tordus… (plus c’est tordu, plus il y a de plaisir, même si c’est inavouable).

Pour ce qui est de l’intrigue, pour le moins jubilatoire, disons seulement que Nick Corey en a marre de se prendre des coups de pieds aux fesses (à prendre au pied de la lettre) : il ne peut plus s’asseoir tellement il souffre, donc il se décide à agir, et ça fait très mal. Car, Nick Corey, il est pas si con qu’il en a l’air, et il n’est pas shérif en chef du canton de Potts pour rien. Il faut de la qualité. Mais bien sûr Jim Thompson ne se satisfait pas d’une simple histoire de vengeance, et il faut lire jusqu’au bout pour vraiment sonder le fond de l’âme de Nick Corey, même si c’est pour se prendre la porte dans la gueule.

1 275 âmes, de Jim Thompson, en Folio Policier

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