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Grille de parole, Paul Celan

Rien n’est laissé intact, surtout pas les corps et leur vie. Il n’existe plus de corps propre, seulement des éléments anatomiques, sans fonction organique : bouches, mains, yeux… les bouches ne parlent plus, les yeux ne voient plus… La poésie bien sûr n’est pas épargnée : dans les poèmes ont nous livre des bribes, des parcelles qui composent des tableaux étranges, décomposés. Il n’y a plus de tout qui compose un ensemble. La signification symbolique de chaque pièce ne peut être dévoilée que progressivement, à la lecture du recueil dans son ensemble, voire de plusieurs, et il faut relire. Car on apprend le code symbolique de Celan en le pratiquant par la lecture, on apprend à maîtriser (partiellement) le chiffrage qui sous-tend l’oeuvre. Car de nombreux motifs sont récurrents, les contradictions entre l’anatomique et l’organique, entre le minéral et le liquide, entre le je et le tu, entre la lumière et le rien. A chaque instant ils reviennent, quelque soit le motif circonstanciel de l’écriture. Comme si la récurrence de ces motifs signifiait la permanence des efforts pour reconstituer un ensemble plus solide et uni. Mais tout est dévasté (sans un cri).

UN ŒIL, OUVERT

Heures, couleur mai, fraîches.
Ce qui n’est plus à nommer, brûlant,
audible dans la bouche.

Voix de personne, à nouveau.

Profondeur douloureuse de la prunelle :
la paupière
ne barre pas la route, le cil
ne compte pas ce qui entre.

Une larme, à demi,
lentille plus aiguë, mobile,
capte pour toi les images.

(traduction Martine Broda, éditions Christian Bourgois, p. 75)

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