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Le Traquenard, de Hiroshi Teshigahara

Le début. Un type traîne avec son fils et un de ses potes. Ils vivent de boulots plus ou moins minables, qui sont comme des aumônes, dans de petites mines. Bref ce personnage, c’est personne, un ouvrier qui essaie de survivre, sont le seul rêve exprimé est de travailler dans une mine où les syndicats seraient représentés. Il sait qu’on ne le considère pas beaucoup, qu’on ne le respecte pas vraiment, qu’on l’exploite tant qu’on peut, mais il ne sait pas encore à quel point sa vie n’est rien. Il se fait assassiner, dans les environs d’un village déserté où était censé l’attendre un énième boulot.
Alors le film se métamorphose, comme le vivant se change en fantôme, et s’approche de la musique de Tôru Takemitsu : une sorte de plainte ébahie, sans rythme régulier, jouée sur des instruments solitaires et désaccordés, quand ce ne sont pas des percussions métalliques aux sons non moins précaires que l’existence des personnages, qui se prennent les coups de musiciens qu’ils ne peuvent identifier. L’assassinat n’est finalement pas tout à fait insignifiant. Le type qui est mort n’était personne, sinon le sosie d’un responsable syndical. Il a été tué volontairement, mais pas pour ce qu’il était, ce dont tout le monde se fout, malgré ses cris et toute son indignation, que personne de vivant ne peut plus entendre. Alors qu’il vient de vivre la pire catastrophe, se faire assassiner dans un marécage, loin des hommes, à coups de couteaux, sous les yeux de son fils, il n’est que le figurant d’une intrigue mystérieuse, dont il n’est au final plus que le spectateur déconcerté. Mais qui tire les ficelles? Le patronat? Une sorte de force surnaturelle, le destin, qui pousse les uns et les autres à s’entretuer quand le temps est venu? Qui est le tueur en costume blanc? Tout, les longues courses de la caméra, la musique envoutante et bizarre, les morts qui s’étonnent des vivants qui ne comprennent pas qu’ils agissent pour quelqu’un, ou quelque chose d’autre que leurs propres désirs, alimente, chez le spectateur l’attente, et chez les personnages le sentiment mystérieux d’être dépossédé de sa vie. Les vivants et les morts se demandent autant que nous ce qui leur arrive vraiment, au fond, au-delà de leur impression de vivre ou de voir ce qui se passe. Ils s’étonnent de ne pas avoir leur mot à dire.
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