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La Chevelure sacrifiée, Bohumil Hrabal

Lorsqu’on s’engage dans la lecture d’une œuvre complète on s’expose au risque de la déception, je ne crois pas qu’il existe de vaccin ou de protection d’aucune sorte contre ce genre de chose. Pas de capote mentale, instinctive, contre ce mal (là, je me laisse aller). Mais quand même, en lisant La Chevelure sacrifiée de Hrabal je croyais m’aventurer en terrain sûr, puisqu’on m’avait dit que c’était justement une de ses oeuvres les plus intéressantes, on en a fait un film et tout le tremblement.

Des tremblements d’agacement j’en est bien ressentis, face à ce personnage, cette jeune femme capricieuse. Pense-t-elle vraiment que le fait d’être pourvu d’une chevelure lumineuse lui donne tous les droits? J’aurais peut-être eu tendance, a priori, à le penser moi-même, et à lui accorder le droit de dominer son pauvre mari, timide jusqu’à l’inexistence. Penser à la Femme et le pantin ne m’a pas aidé, puisque même ce bouquin, malgré mon goût pour Louÿs et son oeuvre « érotique », faute de mieux, m’a profondément ennuyé.

Bon, soyons plus précis. La chevelure sacrifiée est notamment un livre sur le narcissisme. Le personnage narrateur est d’ailleurs la seule femme du roman, au centre d’un monde d’hommes, puisqu’elle est la femme d’un gérant de brasserie. Elle ne manque pas de remarquer que sa chevelure attire les regards, puisqu’elle semble être une merveilleuse source de lumière :

« je les comprenais bien et je regrettais seulement de ne pas avoir le don de pouvoir un jour rouler à ma propre rencontre pour prendre moi aussi plaisir à ce dont j’étais fière, à ce dont je ne pouvais avoir honte [sa beauté qui attire les regards]. »

Elle fait tourner les têtes, pas de problème avec ça. Seulement, il me semble que l’écriture de Hrabal, et j’en ait été bien surpris, est affectée et sonne faux. Tout simplement, parle de ses propres pieds en disant « mes petits pieds », je tique. Elle est stupide, d’accord, elle se comporte comme une idiote, mais quand même, elle ne dit pas « ma petite chaussure » en parlant de sa godasse! Peut-être Hrabal a-t-il éprouvé des difficulté à se mettre dans l’esprit d’une petite idiote de cette sorte.

Alors on se dit que, c’est fatal, son insouciance va être punie, et, franchement, on le souhaite presque. Alors on poursuit sa lecture, on compte les pages qui nous restent à parcourir, et il ne peut y en avoir beaucoup puis le texte est relativement court. On attend la catastrophe, la tragédie. Où qu’il est le sacrifice? La catastrophe ne vient pas. Je l’attends encore.

Mais bon, si on s’intéresse au fonctionnement d’une brasserie tchèque des années 20, ça peut peut-être marcher.

On a fait un film avec ça? Un téléfilm larmoyant plutôt.

En passant chez mon fourgue de la rue du Moulin Vert j’ai aperçu une réédition d’un vrai bon livre de Hrabal, du moins dans mon souvenir : Une trop bruyante solitude. L’histoire d’un homme, sous l’oppression d’un régime autoritaire, chargé de compresser du papier, et par suite des livres. Ironique parabole sur le sort de la culture, sur l’alcool les livres et la survie (sauf que je me rappelle que le personnage avançait qu’il mémorisait mieux ce qu’il lisait lorsqu’il avait bu. Bizarre. Peut-être une particularité de la bière tchèque).

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Trains étroitement surveillés, Bohumil Hrabal

Il me fallait un truc euphorisant alors je me pris un Cossery, puis un Chevillard. C’était assez efficace, mais leurs effets s’évanouissaient trop rapidement. Alors, pensant qu’il me fallait quelque chose de plus costaud, je prenai un bouquin de William Gaddis, plein de promesses. Seulement l’effet d’un Gaddis s’apprécie dans la durée de la lecture, je suppose, et il me fallait un truc à s’injecter direct, alors je me suis souvenu de Hrabal. Je me précipitai chez mon fourgue de la rue du Moulin vert.

Trains étroitement surveillés est un très court roman. L’histoire est racontée par un jeune homme, le stagiaire d’une gare de la province Tchèque, qui vient de tenter de se tuer. C’est donc l’histoire d’une gare Tchèque en 1945, moment de grandes manoeuvres, pendant lequel passent les trains allemands, chargés d’armes d’un côté, de blessés de l’autre. C’est l’histoire des 3 types qui travaillent dans cette gare, le narrateur, le sous-chef qui passe le temps à contempler la croupe des passantes et à leur tamponner les fesses (« Voilà nos jeunes, notre espoir. Ils vont se battre pour l’Europe libre. Et ici, que faites-vous pendant ce temps? Vous tamponnez le derrière de la télégraphiste! » constate, amer, un supérieur à la botte des nazis), et le chef, éleveur de pigeons à l’uniforme maculé de fientes et à l’air indigné. Le narrateur mélange souvenirs, rêves et compte-rendu sans trop d’ordre, comme ça lui vient, ce qui lui permet d’accoler les moments comiques à ceux qui risquent de lui être fatals, les sourires sensuels et la gravité de la mort et de la cruauté. Comment se comportent les gens simples (nous) pendant que le destin historique bascule, que les partisans attaquent les trains allemands, déjà ralentis par certains qui ne font pas preuve d’un zèle particulier pour laisser passer les chargements d’armement? En gros et sans oublier l’ironie qui ne s’épargne pas soi-même, et l’écriture nonchalante qui ne s’interdit rien.

Son oeuvre est une succession de courts romans, de quoi tenir quelques jours.


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