Archive for the 'Littératures US' Category

Les méchants ont besoin de vous

grifters372Jim Thompson n’a pas besoin d’intrigue pour nous ligoter. Pour un auteur de romans noirs, ce n’est  tout de même pas rien. Pas d’enquête, pas même d’ennemi à buter, pas de vengeance. Il y a bien un fil narratif : c’est l’histoire d’un mec qui vit de petites arnaques, et qui essaie d’éviter de se faire emmerder par sa mère, parce que, tu comprends, elle lui en a fait voir quand il était petit. Bon, a priori, même si ses « coups » peuvent provoquer une réaction violente chez ses pigeons (surtout s’ils se trimballent avec une batte), on ne voit pas trop ce qu’il pourrait y avoir de puissamment stupéfiant là-dedans. En fait, comme un dramaturge, disons Strindberg, il lui suffit de mettre en présence quatre personnages au potentiel explosif, et de laisser advenir ce qu’on ne peut pas empêcher.

Pas besoin d’attribuer un ennemi bien identifié aux personnages. Ils s’en porteraient pourtant mieux, ils verraient mieux d’où viennent les coups, pourraient éventuellement essayer de les esquiver. Les personnages  ne se distinguent – à la limite – que par leur sexe : les hommes, arnaqueurs violents libidineux menteurs cyniques bref impulsifs sans foi ni loi, et  les femmes, salopes manipulatrices brutales menteuses cyniques sans foi ni loi. Et Dieu dans tout ça ? Il n’a pas eu besoin de cette hypothèse ou, plus probablement, on retrouvera un jour son cadavre, perforé, dans la benne à ordure d’une ruelle de L.A. Pas besoin de gentils. S’il en reste un qui se planque dans un coin, je lui conseille de se barrer, car sa vertu ne le protègera de rien. Non, ça, au moins, c’est sûr. Car en réalité on finit toujours par en trouver un,  un innocent, et cette découverte est toujours surprenante, émouvante même : comment une chose si délicate a-t-elle pu naître dans ce monde ? Serait-il juste de la laisser survivre au milieu de ces brutes ?

Le sidérant est que même s’ils paraissent être les pires raclures de bidet de l’univers, ses personnages n’en sont pas moins (presque) touchants. Parce qu’ils se demandent pourquoi ils en sont arrivés là (même si les descriptions psychologiques ne sont sûrement pas le fort de Thompson), parce qu’ils savent que quelque part, et pas loin, se trouve un mec – ou une femme – moins sensible qui leur plantera une lame entre deux vertèbres, ou encore qu’une de leurs propres pulsions finira par leur faire la peau. Qu’il s’agisse d’arnaqueurs (dans le roman qui porte leur nom), de flics tueurs (1275 Âmes), d’exécuteurs (Nuit de fureur), de psychopathes (The Killer Inside Me), on finit par s’attacher à ces personnages qui vivent dans une précarité absolue, mortelle et, même si certains d’entre eux sont des démons, on voudrait les aider.

[la photo est extraite de l’adaptation des Arnaqueurs par Stephen Frears – j’aurais aussi pu choisir Jessica Alba en prostituée dans The Killer inside me, mais bon, j’avais peur de trop secouer quelques uns des vieillards qui passent par ici. A+]

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Les Etoiles à Midi

La chaleur brouille la vue, empêche de penser, provoque mirages et autres hallucinations, plonge les personnages dans un état second. Voir les étoiles à midi, essayer de vivre sur cette étoile, cette fournaise, cet enfer. Le rhum n’est sans doute pas le remède indiqué pour étancher cette soif-là, mais peut-être est-ce le moyen, attiser un feu interne, de supporter la chaleur infernale, ou plutôt de ne plus la sentir, la subir. Rhum ou pas, le Nicaragua que décrit Denis Johnson dans ce bouquin ne laisse pas la moindre place à la lucidité, au sens du réel, et par suite – il doit bien y avoir une sorte de logique là-dedans – à la moralité. Il s’agit bien de personnages perdus dans l’enfer, arrivés pour quelque motif, qu’il soit clair ou non, ça n’a plus d’importance. On laisse tout de même entendre qu’on n’arrive pas en enfer pour rien, mais si on n’est pas soi-même au courant de la raison de cette fatalité, ou qu’on l’a oubliée. Ce savoir n’apporterait pas grand chose, de toute façon. Les personnages, en particulier une Américaine (la narratrice) et un Anglais, ne maîtrisent de toute façon presque rien, et ne sont soumis qu’aux impératifs de ce qui leur apparaît comme leur destin, qu’ils mettent en branle malgré eux et dont ils préfèreraient arrêter la marche. Comme dans Angels, Johnson nous parle de l’irresponsabilité de ses personnages, mais aussi de l’inéluctabilité du mal qu’ils font ou qu’ils subissent– du moins telle qu’elle est perçue par l’Américaine prostituée journaliste humanitaire narratrice, par ailleurs impliquée dans un bizarre trafic de devises. Ce n’est pas que ça ne leur demande aucun effort, de faire ce qu’ils font plutôt que rien, c’est seulement qu’ils agissent sans vraiment y penser, sans chercher à évaluer les conséquences de leurs actes, mais parce que l’idée leur en est venue à l’esprit, et s’est imposée. La narratrice peut raconter parce que plutôt qu’une actrice véritable de l’intrigue, qui ne serait pourtant rien sans elle, elle se définit comme observatrice, à la manière des journalistes, qui pullulent naturellement en cette année 1984 de troubles politiques violents – ils en vivent – ou à la manière des agents de la CIA – pareil. « (…) to observe is my designated agony, the sharpest punishment is just to watch. »

Les personnages ne peuvent pas échapper à leur destin, ils ont perdu prise, peut-être à cause de la chaleur, de l’alcool, de l’argent ou d’un autre narcotique, et on assiste, sous les yeux de la femme, à une descente dans les profondeurs infernales, territoire des militaires et des agents secrets, forces démoniaques à la poursuite d’un Anglais maladroit et improbablement naïf, défaut majeur et impardonnable – ce n’est pas en enfer qu’on peut espérer obtenir de l’aide (elle n’a pas le sang froid, brûlant de rhum, mais elle survit quand même bien mieux que l’Européen sous les latitudes en question). Ils sont tous les deux pris dans une sorte de délire, chacun le sien même si le fond, le désir, la sexualité, le décor est commun. La nature de ce délire n’est pas évidente : éthylique ou, d’une certaine façon, mystique ? Ils sont poussés par des forces qui les dépassent. C’est ce qu’ils croient. Il faudrait d’ailleurs prendre le temps de mieux repérer les motifs religieux qui apparaissent, sous forme pervertie sans doute, dans les œuvres de Johnson (qu’on commence par lire le titre de ses livres). On le fera peut-être mieux pour ses autres bouquins.

I was caught up in a cloud of rage… I sensed cool sanity drifting just beneath me but couldn’t reach it. “All I’m saying is be ready. Be ready to find out that this is Hell.

“It isn’t Hell. This is all quite real.”

“If it wasn’t real, it wouldn’t be Hell.”

That seemed to get him thinking.

“You do have a vivid world view,” he said.

The Stars at Noon, de Denis Johnson, chez HarperPerennial ou chez Bourgois.

1275 âmes

En un sens c’est une pourriture, une raclure, et je ne m’y frotterais pas, de peur d’être contaminé par les infections qui pullulent dans son bled pourri : Potts « qu’est, à peu près aussi proche du trou de balle de la Création qu’on peut se le permettre, sans se faire mordre un doigt. » Oui, il n’est pas forcément beau à voir, mais on ne peut pas s’empêcher de sourire avec compréhension à ses manigances, à Nick Corey, Shérif du comté des Pottsvillois, cette bande de démons cyniques qui ne peuvent s’empêcher de montrer les dents, toujours prêts à pendre, à fusiller, ou, c’est le minimum, à cracher leur chique sur leur voisin (mais de préférence sur les étrangers et les nègres, tu vois le genre).

Les malformations morales des habitants de ce bled, contrairement à ce qui se passe dans le splendide Nuit de fureur, ne génère pas de difformités physiques remarquables, seulement certaines laideur langagière : « Tu as de l’éducation, Nick. Pourquoi parles-tu comme un illettré ? – L’habitude, j’imagine. On s’encroûte, à force. La langue et la grammaire, c’est comme le reste, ça se rouille. On s’en sert pas – puisqu’il y a pas vraiment de demande -, alors on tarde pas à perdre la main. Le bien et le mal, par exemple, on finit par plus savoir ce qu’est l’un et ce qu’est l’autre. » 1 275 âmes (par qui ont été zigouillés les 5 du titre anglais Pop 1 280 ?) serait-il une sorte de manifeste Krausien, inspiré des Derniers jours de l’humanité ? Si le parallèle entre les grossiers personnages du Sud américain, racistes, violents, bigots (entre autres choses) et les Viennois, nationalistes, bellicistes et raffinés (entre autres qualités) ne prêtait pas à rire, je serais prêt à le soutenir. D’ailleurs, le rire ne manque pas, malgré les habitants de Potts, ou plutôt grâce à leur énormité, et parce que les coups qui se donnent sont tellement tordus… (plus c’est tordu, plus il y a de plaisir, même si c’est inavouable).

Pour ce qui est de l’intrigue, pour le moins jubilatoire, disons seulement que Nick Corey en a marre de se prendre des coups de pieds aux fesses (à prendre au pied de la lettre) : il ne peut plus s’asseoir tellement il souffre, donc il se décide à agir, et ça fait très mal. Car, Nick Corey, il est pas si con qu’il en a l’air, et il n’est pas shérif en chef du canton de Potts pour rien. Il faut de la qualité. Mais bien sûr Jim Thompson ne se satisfait pas d’une simple histoire de vengeance, et il faut lire jusqu’au bout pour vraiment sonder le fond de l’âme de Nick Corey, même si c’est pour se prendre la porte dans la gueule.

1 275 âmes, de Jim Thompson, en Folio Policier

Nuit de Fureur

C’est d’abord un polar. On se lance dans l’histoire d’un tueur irascible, nerveux, bref dangereux, prêt à suriner le passant qui rentrait chez lui, après être passé par la librairie du quartier. Il est chargé d’une mission, plus ou moins claire, qu’il se sent capable d’accomplir, conformément à sa réputation, mais qui le rend méfiant. Il se demande quelles sont vraiment les intentions du Patron. Mais le décor bien connu, celui du Noir de Coover, ne tient pas debout. Certes, le tueur, Little Bigger (ou Bigelow), est alcoolique et tient à ce que son costume soit impeccable (surtout les chaussures), mais il est tout petit (1,5 mètre), et, même s’il est censé avoir dans les trente ans, ses dents ne sont qu’un lointain souvenir (il porte des dentiers, bien sûr), et il n’y voit plus guère. Le fait que tout le monde le prenne pour un gamin passe encore, sa bizarrerie tient surtout à certains de ses goûts :

« En l’observant du coin de l’œil, je vis que je ne m’étais pas trompé au sujet de sa main gauche : ses doigts étaient bien déformés, tournés vers l’extérieur. Elle n’en avait pas l’usage intégral, et elle s’évertuait à me le cacher. Malgré ça, cependant, et malgré sa jambe – quelle qu’ai été sa difformité – elle avait quand même beaucoup pour plaire.
Toutes ses corvées ménagères et ses efforts respiratoires lui avaient donné une poitrine qui passait aussi inaperçue qu’un barbu dans un pensionnat de jeunes filles. Et ses slaloms sur une béquille n’avaient pas fait de mal à son postérieur. (…) ».

Quelle joie pour le narrateur, et le lecteur, de découvrir au fur et à mesure d’autres étonnantes difformités (splendides assurément).

Le personnage essaie de se fondre dans le décor de la petite ville où se trouve sa cible, ce qui n’est pas forcément bon pour son moral, ni pour sa santé mentale : « Chaque jour, je perdais un petit morceau de moi-même », dit-il. Progressivement, il se fait bouffer par sa paranoïa, sa gêne relative face à l’expression de sa libido hors du commun, et les difformités morales des habitants, leur cynisme ou leur bêtise. Ce qu’il faut que tu saches est qu’à mesure que le roman progresse, il ne peut plus être question de mission, de cible, de Patron, ne reste plus que le noyau brûlant de la folie, une folie pure, furieuse et sublime.

Ce n’est pas à moi de raconter ce qui se passe au cours de l’intrigue. L’important, le fascinant, tient au parcours mental du personnage, et aux petits détails de ses relations avec les autres, plus qu’à toute autre chose. Il faut aussi faire remarquer que le « goût » pour les mutilations et autres difformité, sans parler de la folie, n’est pas sans faire penser à certaines des œuvres de Brian Evenson. Je ne crois pas qu’il renie cette référence.

Nuit de Fureur, de Jim Thompson, est publié aux éditions Rivages/Noir. A ma connaissance ce roman, contrairement à d’autres, n’a pas fait l’objet d’une adaptation au cinéma, mais seulement en BD, dans une collection créée par Casterman et Rivages. Il paraît que c’est bon.

Fear of the Dark

Les polars ne sont pas faits pour les libraires. Je ne parle pas de commerce : comment réagirais-tu, un flingue sur la tempe ? Peux-tu seulement croire que la lecture des classiques du genre te serve d’entraînement ? Voilà ce je que je te conseillerais, si jamais il existait une raison pour que tu m’écoutes : tiens-toi aussi éloigné que possible de ce genre d’intrigues, sources d’ennuis infinis, et dangereux en plus. Tu es froussard, tu as peur du noir, et tu risques de te retrouver ligoté au fond de ton garage, pétrifié de terreur. Alors si ton neveux, un truand notoirement raté, comme tu le sais, frappe à la porte, il ne suffit peut-être pas de l’envoyer chercher refuge ailleurs que dans ta librairie : déménage. Imagine s’il disparaissait et qu’on vienne te demander des comptes. Non, décidément, reste extérieur à tout ça, les livres sont bien là, posés sur leurs étagères, crois-moi, il vaut mieux éviter la fréquentation des truands de Watts, même si tu y as grandi (imaginons), et que tu t’es fait ta petite réputation, que toutes les filles parlent de toi avec envie. Ce n’est sûrement pas pour tes qualités guerrières. Regarde-toi, la première chose que je décrirais, dans un roman dont tu serais le héros, c’est le système complexe que tu as installé dans ta librairie, pour voir venir et surtout fuir le moindre danger. Quoique, avec ton sens de la formule et ta culture tu pourrais peut-être trouver des répliques qui nous fassent marrer. Ta peur aussi nous amuse, personnellement je la comprends, mais ce n’est pas comme ça qu’on va faire un grand roman noir. Heureusement que tes amis savent se battre et ne trébuchent pas quand un simple sniper leur tire dessus, ne craignent rien. Bref, je change d’avis finalement, même si je t’aime bien, on pourrait faire un bon roman en te regardant t’enliser dans les emmerdes que tu essaies de toutes tes forces d’esquiver.

Fear of the Dark, du grand Walter Mosley

La Confrérie des mutilés

Les personnages sont amputés de leurs bras, jambes, doigts, mains, orteils, oreilles, ils se séparent progressivement de leur corps, de leur humanité, espérant ainsi s’approcher de la véritable sainteté. Pour parler du livre il suffirait presque de gloser l’exergue, le fameux passage de l’évangile de Mathieu : « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi… Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, arrache-la et jette-la loin de toi. » Imaginons un type obsédé par cette phrase, qui, disséquant chacun de ses mouvements, interprétant en détail les actes infimes qui composent un péché, en déduit, avec une logique que l’on qualifierait de, disons… radicale, qu’il doit se séparer d’un grand nombre de ses parties : celles qui lui servent à se déplacer, à saisir les objets, à entendre les tentateurs, ou pire… je te laisse deviner. Pour s’approcher de la sainteté, donc, il faudrait se rapprocher de l’état de pure esprit – Kline, le personnage principal, se dit à un moment qu’il est en train de se changer en fantôme, à mesure que ses membres disparaissent. Il faudrait se départir peu à peu de la vie elle-même. Et ben, c’est gai !, me diras-tu avec une moue dégoûtée, s’il te reste des lèvres. Oui certains membres sont tranchés, avec un hachoir plus ou moins affûté. Certes, on préfère ne pas imaginer la gueule de certains personnages, qui ne sont pas cassées mais, pires, sont lacunaires. Mais le narrateur ne se sépare à aucun moment de son arme infaillible contre l’horreur qu’il se plaît à nous dépeindre : son humour. « Le Paul s’interrompit pour le dévisager. « Ne vous inquiétez pas, camarade Kline, dit-il. Il faut bien que les os viennent de quelque part. Ceux-ci viennent de vous. C’est tout. » Il laisse ses personnages se mutiler les uns les autres, ou tout seuls, mais lui ne participe pas vraiment à la barbarie, il joue des décalages : un type s’amuse à être mutiler, il demande tout simplement, sincèrement, innocemment, qu’on lui tranche le bras droit. C’est pour lui rendre service. Un autre est moins volontaire, mais est indifférent au point qu’on ne peut s’empêcher de sourire ; même s’il souffre atrocement, il conserve sont esprit pratique et ses idées fixes, et en devient presque plus étrange que les membres authentiques de la Confrérie des mutilés. Bien sûr il faudra parler d’autres aspects du roman, de Kafka, de la religion, par exemple, mais pour le moment contentons-nous de ça : l’horreur joyeuse, en quelque sorte.

(en lisant La Confrérie des mutilés, de Brian Evenson)

Thomz en a parlé de son côté.

Inversion

Dès la première page il se fissure, lorsqu’il découvre les lettres adressées à son père mort, évoquant l’existence d’un demi-frère. Un frère susceptible de combler le vide, qui était sans doute là bien avant que son père meure dans d’étranges circonstances ; est-ce un suicide ? On imagine la curiosité du gamin, à l’idée que, quelque part, vit un gamin comme lui, avec qui il pourrait parler. Une sorte d’espoir. Mais la mère nie la réalité de ce qu’il a vu dans la lettre. Il se soumet à son jugement, par habitude, parce qu’on lui a appris à se comporter de cette façon. Il regarde là où on lui dit de regarder, il préserve les secrets des adultes, est tiraillé entre son désir d’aller voir, et la volonté de bien faire. Comme tous les gosses, tu me diras. Presque. Ce n’est d’ailleurs pas facile pour lui, au début, d’obéir à ses maîtres, et aux représentants de l’Eglise (mormone, ce qui constitue un facteur aggravant). Il commence par chahuter, s’exprimer un peu, se débattre mollement, mais progressivement, alors qu’il poursuit son parcours scolaire, il apprend à faire ce qu’on attend de lui, mais son désir de savoir, même s’il s’en détourne, subsiste, libre de tout spectateur. Il refoule autant qu’il peut, car c’est un bon garçon, mais ne parvient pas à faire disparaître ce qu’il cherche, car il se fascine malgré lui pour la violence qui se cacher derrière les souriantes apparences. Un frère pourrait aider à découvrir la vérité. Ou au moins lui permettrait-il de parler de ce qui le préoccupe. Il lui faut trouver le moyen de se libérer de ces contraintes, s’alléger un peu. En permanence assailli par ses tendances contradictoires il s’absente, et l’inavouable. Il se réveille sans se souvenir de ce qui lui est arrivé, de ce qu’il a fait, mais avec des vêtements déchirés ou tachés de sang. Il est au bord de l’effondrement, de la disparition, du déchirement définitif, et je doute qu’on se débarrasse de l’inquiétude une fois lue la dernière page.

(En cours de lecture d’Inversion, de Brian Evenson)

Plus et mieux chez les camarades Bartleby, Fausto, Pedro, et le site du FFC.


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