Archive pour septembre 2007

Des Putes pour Gloria, de Vollmann

Jimmy est un pauvre type, rescapé du Vietnam, qui survit, grâce au chèque de sa pension, dans le quartier pourri de Tenderloin, à San Francisco. Un coin où survivent les putes et leurs macs, les dealers et leurs flics. Jimmy, pour survivre, s’alléger un peu, a besoin d’alcool, certes, et de s’imaginer un amour, Gloria, un peu de pureté. Pour donner corps à son rêve, Jimmy l’halluciné va se créer des souvenirs riants à partir de récits qu’il marchande aux filles (ou aux travelos) qui lui taillent des pipes.

Est-il possible de vivre dans ce genre d’enfer, quand, comme Jimmy, on est un paumé rempli de rêves d’innocence? Faut-il vraiment chercher à survivre?

Vollmann, dans ce roman comme apparemment dans d’autres de ses livres, a recueilli des témoignages sur le terrain. Les histoires qui alimentent le rêve Gloria alimentent le livre de l’auteur, lui fournissent sa chair. Le roman est composé alternativement du récit de l’histoire de Jimmy, de bars en bars, des récits des prostituées, qui racontent leur passé ou leurs anecdotes, les histoires qui leur arrivent avec leurs clients, et des rêves (de pacotille) dans lesquels vit Gloria.

La flemme (Albert Cossery)

Tu connais peut-être Cossery. Je viens de m’acheter un de ses bouquins (maintenant mien) Un complot de saltimbanques. Si tu connais pas faut que je te dise que ses bouquins dont des sortes d’éloges de l’oisiveté.

Celui qui est considéré comme son meilleur roman, Mendiants et orgueilleux, est notamment l’histoire d’un type qui a renoncé à tout (il était universitaire mais je ne pense pas que Cossery ait commis l’effort inconsidéré de lancer la mode des personnages de ce type dans le roman du siècle), un mendiant, qui vit pour ainsi dire de hachich et d’eau fraîche, même si ça ne l’empêche pas de rester philosophe, quand par exemple il observe le sort qui est réservé aux cul-de-jattes par leurs femmes (les pauvres) ( je parle des cul de jatte bien sûr) – à moins que ce soit le cul de jatte, qui impose ses moindres volontés à sa femme, contre toute attente? Gohar trouve toujours le moyen de remonter le moral de ses potes (un pote qui ne chôme pas, en somme). Cependant, ce type qui ne fait que penser, ricaner ou philosopher, et qui, tout de même se ballade et boit du thé, en tout cas qui passe une bonne partie de son temps en sieste, e vient à commettre un meurtre (on parle d’un remake de Crime et châtiment) Que de problèmes en perspectives, pense-t-on, surtout avec le zèle des flics en ce moment – à moins qu’il n’ait tué pour sauvegarder sa tranquillité ? . Mais qu’est-ce qu’un philosophe, pour Cossery, sinon un type que rien ne vient troubler, toujours d’une humeur égale, imperturbable. Le flic à la poursuite sera-t-il converti à cette art de vivre? Ou Gohar en viendra-t-il à prendre goût à la fuite?

Inutile de te préciser qu’on rigole bien et franchement.

Dans Les Fainéants de la vallée fertile, il pousse le bouchon. La folie a pris Serag. Lui, réputé par monts et vaux comme le plus digne rejeton d’une famille de pures faignasses (certains de ses parents peuvent dormir plusieurs jours de suite – et attention à l’énergie brutale que peut déployer un fainéant quand on le réveille pendant la sieste!), il lui prend la folle lubie de chercher un travail. Le cherche-t-il avec toute l’assiduité que lui impose son statut de chômeur? Cette folie lui passera-t-elle?

Alors tu vois, je me suis pris un petit Cossery histoire de me marrer un coup contre l’absurdité des connards qui s’agitent en tout sens (j’ai bien peur d’être moi-même contraint à me déplacer, parfois), pour on ne sait quoi sinon troubler la tranquillité voire le sommeil des autres (révolution!), mais arrivé chez moi j’ai peur que ce bouquin ressemble un peu trop aux autres, et me vient la flemme de le lire.

Kraft de Magnus Lindberg

Encore un Finlandais! Quand Magnus Lindberg compose Kraft, au début des années 1980, il cherche à créer son grand oeuvre, même s’il n’est pas âgé de 30 ans. Les oeuvres antérieures comptent nombre de travaux de recherches dans le domaine de la musique concrète, ce qui sert peut-être à replacer dans son contexte l’enfantement de cette oeuvre orchestrale « monstrueuse ».

Kraft est un gros bébé, et quand la musique se lance on s’étonne que ce bébé pèse quelque tonnes. Car, suppose-t-on, c’est l’énergie qu’il est nécessaire de déployer pour agiter le gigantesque hochet constitué de tout un tas de grosses caisses, une batterie de cuisine récupérée à la casse, accessoirement un orchestre symphonique, le tout en sifflant aussi fort que possible dans un sifflet tout simple. Il essaie de nous en imposer, et si on ne s’y attend pas, cette explosion primaire risque de nous donner un coup de vieux (on se met à ricaner avec les vieux qui dissimulent derrière leur sourire leur seule envie : fuir).

Le martellement se poursuit, mais quelques lignes se détachent, dans des lieux éparpillés de l’orchestre, au hautbois, au violoncelle, aux cuivres, mais sans ordre repérable, ils semblent tenir, chacun dans leur coin, le discours propre à leur délire post-traumatique, les percussions primitives, répercutées et amplifiées, ne les laissant pas en paix. Quand le volume sonore diminue, la tension subsiste, car les individus, les instruments, qui composent l’orchestre semblent étrangement atomisés et inquiets, même si on perçoit comme une familiarité rythmique à leur folie, parfois précipitée parfois méditative.

Vient un moment de calme relatif, pendant lequel le spectateur n’est pas pour autant rassuré. Des pierres sont frappées les unes dans les autres, on entend quelqu’un souffler dans un tube. Des animaux crient, au loin, et en même temps on frappe sur ce qui est un fût qui, d’habitude, sert à stocker les hydrocarbures. On peut associer ce qu’on veut (n’importe quoi), on est perplexe.

Surtout que le dispositif scénique collabore à la déroute de l’esprit du spectateur-auditeur moyen que je suis. Pendant que les instrumentistes de l’orchestre sont relativement sagement assis à leur place sur la scène, un groupe de types, habillés en blanc et équipés de baskets (pour faire moins de bruit – les chaussures bruyantes pourraient être une piste pour une pièces à venir) se déplacent pour attraper leurs bouts de partition, parmi les différents instruments de percussion répartis du côté du public. En outre, des cuivres sont placés dans les gradins, au risque d’handicaper certains spectateurs à coup de fortissimi, qu’affectionne tellement le Lindberg de ce moment là. Si en plus les enceintes contribuent à troubler notre perception de l’espace, on se retrouve paumé au milieu d’une anamorphose (et on se dit que, quand même, ils auraient pu prévenir les personnes âgées venues écouter l’orchestre de Radio France). Tout cela contribue à l’agitation, à l’énergie sourde ou explosive de la pièce. Surtout, après le premier moment de surprise passé, on se demande ce que Magnus peut bien nous réserver.

Quelques tons identifiables, contredits par d’autres, mais sans s’étouffer, l’orchestre est comme nous, dans l’expectative. Des micros amplifient la chute de grains de sables pendant qu’on a l’impression de se retrouver dans le Zarathoustra de Strauss. Des mélodies-rythmes nous donnent une impression de familiarité, on se détend. Le piano aide la caisse claire (amplifiée) à pousser du pied hors de la salle les derniers fâcheux. Le percussion nous rappelle à l’ordre de l’écoute, et la batterie nous rappelle que le rock a existé, avec de légers coup de balais aux cymbales. L’orchestre s’emporte sur un rythme et un son qui n’est pas sans rappeler certaines boites à rythmes. Toujours quelques trublions dans les cuivres. L’ensemble semble se fatiguer de marteler, nous on est trop hébétés pour penser, on prend juste plaisir à la subversion jubilatoire, la jouissance enfantine. Le contrebasson a survécu, non sans mal, il semble quand même attaqué.

Le chef d’orchestre se met à murmurer dans un micro, dans une langue qui n’est pas le finnois, je peux l’assurer, mais plutôt dans la langue des lemmings, s’ils parlaient. Comme le chef c’est Magnus Lindberg himself, on se dit que personne ne l’a forcé et que c’est bien comme ça.

Coup de gong monumental. Les cordes prennent un air plus reconnaissable, comme si elles se rendaient soudainement compte de ce qu’on les forçait à faire. Mais le battement hypnotique d’un son qui ressemble à une cloche très aigu ne les laissera pas reprendre leurs esprits, les envoûtera. Les flûtes menacent d’explosion, accolées aux cymbales qui traînent par là. Un petit triangle indique que c’est l’heure du banquet.

ça, mes amis, c’est la première partie de Kraft, pièce pour orchestre, ensemble, dispositif de spatialisation et bande de fous furieux mais joyeux.

La suite une autre fois (attendez vous à ce que des type amplifient les bulles produites par leur souffle dans un bocal, tout en froissant un papier plastique, et que le violoncelle se trompe de concert pour jouer une chaconne, alors qu’un percussionniste, sûrement un intermittent du spectacle, souligne la folie et le désordre général. (Il paraît que Magnus Lindberg a utilisé un logiciel pour élaborer un cadre rythmique solide, un système, mais ça reste un chaos, systématique, en tout cas à mon oreille). Une puissance qui revigore.

J'ai engagé un tueur

Est-ce que t’as vu le film J’ai engagé un tueur, de Aki Kaurismäki?
Evidemment faut pas que je te raconte tout, mais juste assez.
C’est l’histoire d’un mec joué par Jean-Pierre Léaud, un employé de bureau, qui s’emmerde, dans son boulot, avec ses collègues (à la cantine, il ne mange pas à côté d’eux, il préfère s’écarter un peu – peut-être (ce serait vraiment bizarre) que les discussions de ses collègues le font chier). Il ferme toujours sa gueule. Et puis il finit par se décider. Il essaie de se pendre, mais n’y parvient pas (gag). Il essaie le coup du four, mais évidemment ça ne marche pas (gag). Alors il décide, puisqu’il n’y arrive pas lui-même, d’engager un tueur pour se flinguer. (la scène où il arrive dans le rade avec tous les gangsters, lui le pauvre type (nous) parmi les tueurs, et qu’il essaie de leur faire comprendre ce qu’il veut). Seulement il tombe amoureux. Alors il doit fuir (il fuit le tueur ou il fuit sa vie passée, merdique?). Trop marrant, et en même temps déprimant comme la gueule de Léaud, détaché comme toujours, mais vieillissant. Pas désespéré (pas comme Ghost train, le film du frère, Mika Kaurismaki, un film superbe – on en parle devant un verre).

Les Evangiles du crime, Linda Lê

Tu cherches peut-être à lire un bouquin de la rentrée littéraire, cet événement hautement marketing, créé par les éditeurs mais complaisamment relayé par la presse (la complaisance est une discipline journalistique hautement prisée ces derniers temps). Malgré tout, quelques livres peuvent être lus.

Les évangiles du crime est un recueil de 4 pièces, 4 témoignages, qui traitent moins du crime que de la destruction, des autres et de soi. Autrement dit, on ne se demande pas, qui peut bien être le criminel responsable de la présence de ce cadavre, mais bien, le plus souvent, qu’est-ce qui a conduit tel personnage à se suicider. Il n’y a pas à proprement parler d’enquête, même si le narrateur de la deuxième partie est flic. Par ailleurs, si l’histoire racontée, l’histoire de destruction, est importante, le témoignage du narrateur l’est aussi : souvent perplexe devant les événements, même dans la dernières parties, où le criminel est également le narrateur (qui s’adresse à un écrivain), on se demande ce qui le pousse à raconter, et quels sont ses liens avec ce qu’il raconte.

Des quatre évangiles le premier me semble être le plus réussi.

Cette réussite est sans doute due à l’impression de mystère qui se dégage du texte : qui est ce narrateur? Sais pas. Quelle est sa part dans l’histoire? sais pas. Et à qui témoigne-t-il? Un personnage féminin qu’on aperçoit au début, qui ferait un rêve après avoir croisé notre témoin, et qui se retrouve alors à écouter cette histoire, celle d’un couple de jeunes gens, tentés d’écrire, deux amants qui se sentent comme des doubles. Je ne vais pas tout te raconter ; je te dirais seulement que Linda Lê trouve à varier constamment les images liées au double, qui s’incarnent de différentes manières dans les personnages et le texte, images qui deviennent un des moteurs de la destruction.

Dans la deuxième partie le témoin est un flic qui enquête, parce que cette histoire semble lui parler personnellement, sur la destruction d’une famille par un père. Là encore, dans la deuxième partie, le destructeur a affaire à un double : lui-même, universitaire rigide, face à son double sexué, son obsession qui le détruit, et le conduit à détruire sa famille.

Linda Lê varie les dispositifs ; succession de récits pour le premier texte, pièces à convictions et carnet de notes du flic pour le deuxième évangile, biographie du personnage féminin dans la troisième, journal intime et autres textes qui décrivent les événements qui ont conduits à la catastrophe, lettres du personnage à un écrivain pour la dernière. Le style seul varie peu, ce qui m’a manqué par moments car les narrateurs sont censés être très différents. Cela dit, l’écriture est riche.

Histoire de famille également dans le troisième : une jeune femme qui collectionne les amants se suicide sous les yeux du témoin qui la suivait. Est-elle à la source de sa propre destruction? Pas sûr.

Dans la dernière partie, les doubles sont un écrivain plagiaire et un type qui, pour survivre, a tué et mangé. Si tu veux mon avis je ferais un reproche à ce dernier texte : la place de l’écriture y est trop grande, et, malheureusement à mon avis, dilue la tension ressentie à la lecture de l’histoire du type.

Donc, pour résumer, je dirais que c’est un bouquin intéressant, notamment pour son ambiguïté (qui détruit qui?), pour ses mystères (qu’est-ce qui conduit les auditeurs à écouter ces histoires?) et pour le style de Linda Lê, qui trouve à incarner dans ses personnages les symboles qu’elle évoque (en particulier dans la première partie). Le mieux c’est sans doute que je te le passe, que tu te fasses une idée, et que je lise d’autres bouquins pour te dire ce qu’il en est. Tcho.

Le bouquin est publié dans la collection Titres (collection de poches) de Christian Bourgois, pas cher

Public Burning/ Le Bûcher de Times Square, de Coover

Il y a plusieurs mois que j’ai lu Le Bûcher de Times Square. Il m’accompagne toujours.

C’est un livre de 590 pages, qui raconte une histoire se déroulant sur trois jours : les trois jours qui conduisent à l’exécution des époux Rosenberg, accusés d’espionnage pour le compte des soviétiques. Ils seront exécutés sur Times Square, dans un grand show sons et lumière, célébration de la victoire de l’Amérique, de la Justice, sur les forces des Ténèbres. Car le cours du monde est l’histoire du combat des forces obscures du Spectre et celles des forces de la Lumière, autrement dit les forces de l’Oncle Sam, pas vrai? C’est du moins ce qu’on raconte.

Le livre parle de la mise en scène de l’histoire, celle des pouvoirs politiques, qui jouent leur rôle d’incarnations des forces véritables, immuables, ou celle des journaux, mise en scène dont l’évident mensonge n’a que rarement été plus flagrant, c’est ce que suggère Coover, que dans le cas de ce procès. Car peu importe la culpabilité ou l’innocence des Rosenberg, qui ne jouent pas tout à fait le rôle qu’on attend d’eux (il suffirait qu’ils avouent pour éviter l’exécution), mais qui en sont d’autant plus dramatiques et propre au spectacle,l’important est de mettre un coup sur la truffe du Spectre et des forces invisibles qui lui obéissent.

Cependant, pendant 3 jours « Dieu s’égare et perd la main ». Un juge de la Cour Suprême suspend l’exécution de la sentence, risquant ainsi de laisser s’engouffrer les forces des ténèbres.

Les personnages de ce roman sont notamment les Rosenberg, superbes dans leurs rôles tragiques et Nixon, future incarnation de l’Oncle Sam, en plein apprentissage de son rôle. Sa conviction vacille, lorsqu’il regarde de trop près le dossier d’accusation, qu’il tombe sous le charme de la femme, ou qu’il se met à s’étonner de parallèles entre sa propre vie et le parcours des accusés. De quoi écrire quelques scènes d’opéra.

Car l’écriture de Coover, comme d’habitude, est jubilatoire et foisonnante : pas de phrase qui ne comporte quelque image étonnante ou quelque blague ou quelque jeu verbal analogie ou que sais-je. Comme d’habitude, les personnages du roman se débattent avec leur statut d’être pris dans une fiction qui ne leur appartient pas. L’intérêt de ce bouquin-ci, on l’aura compris, est de souligner l’importance des mythes américains, la puissance de la pensée manichéenne, et les tourne largement en dérision (la scène la plus célèbre du livre et bon, j’en parle parce que c’est une bonne blague, mais pas parce qu’il n’y a que çà à mémoriser, bref ce passage c’est le moment où Nixon, Tricky Dick le politicien professionnel que rien n’arrête, cède à son Destin, reconnaît la Nécessité de l’exécution, et se fait enculer par l’Oncle Sam). La puissance de la fiction. Le problème bien sûr, c’est que c’est largement tragique et, bien sûr, que ces mythes continuent de tramer l’histoire américaine, puisque certains croient en leur réalité, en leur pouvoir d’explication de l’histoire, ou de justification de comportements cyniques.

Peu d’oeuvres de Coover sont aussi profondes.

Publié au Seuil. (on regrette peut-être, on s’étonne en tout cas, que la traduction ait laissé de côté au moins un passage de l’oeuvre, peut-être trop « américain », un dialogue entre Nixon et un chauffeur de taxi, portant sur ce sport étrange, le base ball. Un passage qui souligne encore le côté populiste de l’attitude de Nixon avec les gens du peuple, si je ne m’abuse).

Thérèse Philosophe

Voilà un court texte que Sade a lu, voire, à certains égards, imité. On en jugera. Il s’agit d’un roman d’apprentissage, ou d’un roman initiatique. La novice est la jeune Thérèse. Jeune fille déjà, Thérèse est poussée par sa nature (thèse de l’auteur, en gros : il ne faut pas contrarier sa nature, on y reviendra) à s’adonner au plaisir solitaire. Remarquant cela, cris d’horreurs de la mère et malédiction du confesseur. Thérèse apprend d’abord, donc, que son plaisir est coupable. Elle finit même, à la suite de quelques péripéties, par se morfondre dans un couvent. Car, oui, elle contrarie sa nature et, obéissant aux préjugés de sa famille et de l’Eglise, elle s’efforce de ne pas se donner le plaisir qu’elle désire. Son teint devient jaunâtre, elle fait peine à voir.
Passons d’autres épisodes conventuels, dans lesquels Thérèse découvre, sans y prendre part, la nature de l’acte sexuel grâce à un religieux dont les méthodes de méditations ne sont peut-être pas tout à fait orthodoxes.
La chance veut qu’elle rencontre deux « instituteurs » qui lui révèlent la vérité : il ne faut pas contrarier la nature, et, lorsqu’on est ainsi fait qu’on recherche son plaisir avec le doigt, il ne faut pas se gêner. Longs passages d’argumentation philosophique, démonstrations anti-religieuse et métaphysique (matérialiste). Il faut jouir selon ce qu’on est, dans la mesure (que Sade réévaluera) où les pratiques impliquées ne contredisent pas l’ordre social. Ni un ni deux, à l’écoute de ces discours, Thérèse se précipite et se laisse aller à ce qui est son truc : la masturbation. Thérèse reprend des couleurs et, finalement, cède à un type qui en a assez d’attendre qu’elle préfère l’acte charnel collectif à sa pratique individuel, qu’elle a pourtant dû bien peaufiner au cours de toutes ces années. Et oui, finalement, la philosophie se fait manipuler par les intérêts de celui qui la prend en main.

Le livre est publié par J-J Pauvert chez la Musardine


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