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A propos de Triangle, de Tsui Hark, Ringo Lam et Johnnie To

La semaine écoulée a compté plus de films de Hong Kong que de jours, c’est peut-être en partie pourquoi je t’invite à jeter un œil sur ce film sorti en salle la semaine dernière, et sans doute diffusé pour peu de temps puisque nous étions trois dans la salle hier. Ce n’est sûrement pas la seule raison.

L’intérêt de ce film ne tient pas tant à son scénario (brutalement résumé : trois paumés entrent en possession d’une sorte de trésor qui leur attire toutes sortes d’ennuis, évidemment) que par les tiraillements qu’il subit à chaque phase du film. Il ne s’agit pas d’épisodes, et il n’y a pas de rupture, mais chacun des trois cinéastes cherche à faire entrer le scénario (suffisamment simple pour se prêter à l’exercice) dans son propre appareil esthétique. D’abord Tsui Hark nous lance dans l’action, lance la course poursuite que sera le film, il cherche à aller droit au but, comme ses personnages, par des séquences tendues et parfois violentes. Ensuite Ringo Lam, je n’ai jamais vu de film de Ringo Lam, mais on remarque surtout le changement au suspens qu’il crée: la caméra prend le temps de danser avec ses personnages, qui ne sont plus seulement lancés dans l’action, mais font face à des enjeux plus internes, voire sentimentaux, puisque le triangle n’est plus seulement celui formé par les trois compères, mais est aussi un triangle amoureux, dont les coins sont contraints de se rencontrer lorsqu’apparaît ce trésor. Enfin Johnnie To, la poursuite reprend, mais apparaît alors son humour particulier (dans certains de ses films, avoir un couteau planté dans le cœur n’empêche pas un personnage de courrir pendant plusieurs minutes) qui donne à l’action un tour très différent. D’ailleurs la succession des trois esthétiques crée un effet comique, puisque le fait qu’elle passe sans problème de mains en mains et soit ainsi manipulée sans vergogne par les trois caractères de Hong Kong nous fait penser à certains projets de métafiction ; une histoire est ce qu’elle est, on en fait donc ce qu’on veut, sans souci de cohérence. Il aurait pu y avoir trois films différents et sérieux, mais la réunion des trois metteurs en scène crée une distance plutôt ironique qui ne saurait déplaire à ceux qui (par impossible) auraient du mal avec les fusillades (cliché du genre habilement et comiquement amené par Johnnie To, tu verras).

Pour ceux qui (par impossible) seraient las des films enrobés de moraline de types qui ne jouent ni avec leurs personnages ni avec leurs caméras.

(on m’a dit que j’étais un peu descriptif en parlant du film de Tsui Hark, j’espère que c’est mieux là)


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