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Sur un aspect de La Symphonie du loup, de Marius Daniel Popescu

« Tu arrêtes la machine à café en appuyant sur le bouton que l’enfant a touché. En passant derrière vous, je prends la tasse remplie de café et je la pose sur la table, je prends le sucrier qui est sur le bord de la fenêtre et, à l’aide de la petite cuillère, je mets du sucre, une cuillère et demie dans chaque tasse. L’enfant tendra ses mains vers ta tasse de café. Tu lui diras : « non, c’est chaud!, non ma petite! », et elle dira « non!, non!, non!, non!, non! », elle fera le geste de dénégation de la tête et elle tournera la tête vers la gauche puis vers la droite, plusieurs fois, en répétant : « non!, non!, non!, non!, non! »

Cet extrait pour montrer un peu de l’œuvre : l’attachement au détail des gestes, au quotidien. La tendresse de celui qui observe pour ceux qu’il voit. Un langage simple et concret, qui se contente, pour ainsi dire, de montrer les gestes des enfants, simplement.

Mais il y a une autre face : l’impuissance du langage à être ce dont il parle. On ne peut, malgré les efforts, confondre la vie et ce qu’on sent avec la parole et ce qu’elle évoque. Et d’ailleurs, certains mots ne devraient pas exister : ceux qui ne parlent de rien, ceux qui n’appartiennent pas aux hommes mais sont ceux du Parti Unique, ceux qui sont aussi ineptes que ce dont ils prétendent parler. Et au fond, quel mot n’est pas susceptible d’être vidé de son sens? C’est notamment l’histoire d’un enfant qui apprend les mots, et leurs mensonges.

« Je te prends par les épaules et je dis : nous ne sommes pas ce qui est écrit dans les livres et nous ne sommes pas des images ; nous sommes les passagers des morts, tu comprends?! Va regarder le monde et commence à le faire en regardant encore ton père mort dans son cercueil installé ici, dans cette maison qui n’est pas la mienne et n’est pas la tienne non plus. Regarde les gens, touche, sens les odeurs des morts et des vivants, goûte de la terre et de la nourriture et du plastique et du fer, écoute, entends jusqu’au moment où tu te rendras compte que tout est chair et os, mon petit-fils. En chair et en os de ton corps. Et tu grandiras. Va regarder ton père, imprègne-toi de lui dans son état de père qui s’en va loin, très loin de nous. Imprègne-toi de lui comme tu le faisais et tu le fais encore avec l’eau de la rivière de ton enfance, imprègne-toi de ton père comme si tu voulais nager entre la vie et la mort, sur cette frontière où nous devenons tous les passagers des morts. Vas-y! »

L’écrivain fait avec et ne renonce pas. Peut-être que surmonter la faiblesse du langage, partiel ou imbécile, est le problème de l’écriture qu’il évoque dans une interview. J’espère que je rends pas ça trivial avec mes sales pattes.

Sans vraiment entrer dans le cœur du texte et parler de ce que vivent les personnages et comment l’ensemble est composé, mais je ne voulais pas être obligé, faute de place, de mettre ça de côté.

La Symphonie du loup, Marius Daniel Popescu, ed. José Corti

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