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The Willow Tree/ Le Saule, de Selby

Je ne sais pas ce que tu as pensé du Saule de Selby, en tout cas, je te l’avoue, il m’a touché.

Comme d’autres de ses bouquins (tous?) il s’agit d’un roman violent. La scène inaugurale décrit l’agression à l’acide d’une jeune fille, petite amie de Bobby, qui lui même se fait tabasser et est laissé dans un état lamentable. Alors qu’il ère dans le Bronx, titubant, et cherche une cave pour dormir, il est recueilli par Moishe, un survivant de la shoah, qui se terre à l’abri du monde. Le roman est constitué d’un accélérateur : comment Bobby va chercher à se venger et à butter ces goddammothafuckers, une fois rétabli, et d’un facteur de ralentissement : comment Moishe essaie, tout en lui donnant les moyens de se remettre de ses blessures morales et physiques, de le dissuader de tuer, et de se laisser tuer par sa haine.

Le style de Selby est brutal, accéléré plusieurs fois, fait de ces agglutinations et de raccourcis de termes que permet l’anglais (t’inquiètes, la traduction française est bonne, paraît-il). Le vocabulaire qu’utilise Bobby est rudimentaire et n’appartient qu’à son ghetto. Le langage de Moishe est plus clair pour nous autres, même s’il cherche ses mots, dans une langue qui n’est pas celle de sa naissance. Moishe va chercher à lui montrer autre chose, va le sortir vers la nature (tu le crois ça?) ou vers d’autres quartiers de NY, par exemple. Evidemment la rencontre est rien moins que probable, et le propos peut sembler sentimental, et cependant on est touché par la complicité qui se noue entre le vieux et le jeune, qui se sont frottés au mal et le portent en eux, et trouvent quelque part un calme qui soulage, apaise (je ne te conseille pas de lire the Room, par exemple, l’histoire d’un type qui imagine comment se venger des types qui l’ont enfermé en cellule, livre dans lequel on se trouve aussi étroitement enfermé, jusqu’à l’étouffement, que le personnage – tu penseras peut-être que ce que j’en dit ne signale pas nécessairement un mauvais bouquin, et tu aurais peut-être raison).

Je t’assure qu’on se surprend soi-même à se trouver troublé par des émotions et des moyens aussi simples. En tout cas un livre qui reste un moment quelque part en fond des lectures qui suivent, qui impressionne quoi.

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