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Nus, de Jean-Bernard Pouy

Parlons d’abord du style de Jean-Bernard Pouy dans ce livre. Tu vas penser que je me fous de ta gueule, mais je dirais qu’il est naturel, voire « nature ». Il est simple, quoi, mais il n’est pas pour autant plat, si c’est ce que tu as en tête. Il est plus riche d’argot et de blagues (parfois de potaches) que nos conversations quotidiennes (enfin, ça dépend de ce que tu fais comme boulot), ce qui lui donne l’air franc de la rigolade, même si certains thèmes pourraient donner à l’esprit de sérieux l’idée de s’incruster. Qu’il reste où il est.

Comme tu le sais peut-être, Pouy a écrit pour la série noire (notamment Spinoza encule Hegel et sa suite, A sec!, je n’ai pas lu le troisième volet qui, je crois, existe – j’avoue, c’est aussi pour la qualité du titre que je t’en parle), et il écrit des livres à l’intrigue policière, même si ses personnages ne sont jamais (que je sache) des flics ou des détectives, mais plutôt des anars qui se trouvent au mauvais endroit au mauvais moment, obligés d’agir ou de chercher la vérité (je me souviens de Larchmütz 5632 où le narrateur, si je me souvient bien, impossible de mettre la main dessus, est une vache, mais ça n’a rien à voir).

C’est peut-être dommage pour la nervosité et l’élan du roman, mais l’intrigue policière, dans Nus, est placée un peu loin en arrière plan. Les membres d’un collectif anarchisant, représentants de groupes situés partout en France, se réunissent dans un camp de nudistes, pour une espèce d’université d’été. Sans fringues, c’est sûr, moins de barrières, un peu moins de connotations, et même les flics – chose incroyables – s’avèrent être les mêmes que les autres. « (…) ces fringues qui, toutes, dénotent. Soit le touriste, soit, le paysan, soit le prolo… Qui disent la richesse et la pauvreté. Tous ces habits qui deviennent, à l’insu de ceux qui les portent, des uniformes… ». Cependant, pas de bol, juste avant qu’ils arrivent une femme se fait buter, pour de la drogue apparemment. Pour plusieurs raisons (t’auras qu’à aller voir toi-même) les personnages se sentent impliqués par cette histoire, et cherchent plus ou moins les raisons et les responsables, en prenant bien sûr soin, autant qu’ils le peuvent, de ne pas jouer aux représentants de l’Armée ou de la Loi. Ils sont en quelque sorte obligés d’assumer leurs idées comme ils assument leur corps (ne soupire pas, je sais).

On sent surtout que Pouy avait envie d’écrire sur ces utopistes qui cherchent à vivre dans l’échange, en bannissant autant que possible les rapports marchands. On sent qu’ils pourraient, avec leur pacifisme absolu, apparaître comme de dangereux terroristes aux yeux du pouvoir. Une large part du bouquin est consacrée à leurs débats, sur de grands thèmes sociaux. On voit s’ils sont capables de se mettre d’accord, ou de conduire des actions concrètes en accord avec leurs idéaux. Ils y arrivent, apparemment, et progressent, mettent en place des projets qui ont vocation à prospérer dans les autres groupes. Et alors qu’ils ont la tête pleine de leurs grands mots et idées, ils doivent faire face à la mort de cette femme, aux rencontres qui les changent, à leur désir… C’est ce qui motive Pouy, me semble-t-il, l’intrigue policière n’intéressant, au fond, presque personne. Son seul intérêt c’est de chercher à voir comment se comportent les anti-flics face au crime d’un personne qui n’a rien demandé.

Tu me diras c’est bien gentil, mais c’est un livre mineur. Evidemment mon gars. Cependant, c’est pas un livre chiant. Même s’il y a quelques longueurs, elles sont allégées par l’humour et la tendresse de Pouy. Tu me diras, ce n’est même pas le meilleur Pouy. Je te dirais OK, c’est juste un livre que j’ai lu, et pour marquer le coup, car la succession des livres, même mineurs, est une source d’inspiration plus riche que celle des jours salariés, je t’en parle un peu, c’est tout.

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