Extrait de La Privation de l'intime, de Michaël Foessel


Avant une modeste note sur ce livre, un extrait de l’introduction, de la problématique :

L’erreur [de croire au pouvoir de la communication publicitaro-politique – sans voir son échec] vient de ce que l’on évalue le pouvoir de la communication à l’aune des seules campagnes électorales où, de fait, la mise en scène de soi est devenue reine. Dans une telle logique, le vainqueur est ipso facto adoubé comme « meilleur communicant » : il n’y a qu’un pas à franchir pour conclure qu’il a gagné parce qu’il a su montrer de lui-même ce que nous désirions voir. Mais lorsque l’atmosphère de campagne est retombée, il se trouve peu d’analystes pour constater que l’hystérie communicationnelle se retourne immanquablement contre le vainqueur. Le cas Sarkozy est pourtant exemplaire : l’opinion n’a pas admis qu’un président continue à se comporter comme un candidat en offrant quotidiennement le spectacle de sa personne et de sa vie. Ce décalage entre ce que nous pouvons supporter d’un individu qui désire le pouvoir et ce que nous refusons à un homme qui le possède n’est pas une mauvaise voie d’entrée dans le problème de la crise de la représentation.

Celle-ci s’exprime souvent dans le sentiment d’avoir été « trahi » par les élites. Politiquement, cette impression est ce qu’il y a de plus dangereux : elle se trouve à l’origine des affects antidémocratiques les plus virulents. Or, c’est un sentiment de ce genre qui menace de s’emparer de nous chaque fois que les hommes politiques se risquent à faire étalage de leur « vie privée ». L’impression d’être « trahi » ne se laisse pas ramener à la déception devant l’impuissance du pouvoir politique, elle s’y ajoute. Elle participe à sa manière du constat désabusé devant les promesses de la démocratie. Il reste alors à comprendre dans quelle mesure une certaine idée de l’intime est indissociable des promesses démocratiques, au point que son discrédit affecte le rapport que nous entretenons avec le politique.

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5 Responses to “Extrait de La Privation de l'intime, de Michaël Foessel”


  1. 1 Pedro Babel 06/03/2009 à 15:30

    Le premier paragraphe me rappelle beaucoup des choses que j’ai lues chez Walter Benjamin il y a peu de temps, sur la médiatisation de la politique (déjà dans les années 30) : faudrait que je retrouve ça.

  2. 2 Untel 06/03/2009 à 15:43

    Oui, si tu trouves quelque chose là-dessus, je suis preneur.Juste, la question là n’est pas seulement celle de la médiatisation de la politique, ou même de la mise en scène des apparitions de certains hommes publics dans les médias, mais celle de l’exhibition de leur intimité, la pipolisation, si on veut. Je suis en train d’essayer d’écrire une notule là dessus

  3. 3 Pedro Babel 06/03/2009 à 16:37

    J’ai retrouvé la page de Benjamin (merci mon petit cahier de notes, heureuse nouvelle habitude), je t’envoie ça par mail tout à l’heure.

  4. 4 vmu 06/03/2009 à 18:07

    à ce propos (démocratie, politique, intime plutôt que pipolisation): ( La «vie privée» n’est rien d’autre que cette zone d’espace, de temps, où je ne suis pas une image, un objet. C’est mon droit politique d’être un sujet qu’il me faut défendre.) Parenthèse de Roland Barthes dans La chambre claire, p. 32où roland barthes parle d’une façon très très proche de celle de gérard wajcman, qui lui il est vrai parlait de l’intime : … l’espace où le sujet peut se tenir et s’éprouver hors du regard de l’Autre. Un espace en exclusion interne, une île, ce qu’on nomme à l’occasion le chez-soi, où le sujet échappe à la supposition même d’être regardé. C’est la possibilité du caché. […] Je dirais qu’il n’y a de sujet que s’il peut ne pas être vu.http://www.disparates.org/delta/2008/03/vie-privee-et-politique/

  5. 5 Untel 06/03/2009 à 18:54

    Justement pour Michaël Foessel l’intime n’est pas être à l’abri de tout regard, puisque, pour autant que je l’ai compris, c’est avant tout une façon d’être dans une relation avec l’autre, mais dans une relation qui n’est justement pas instrumentale, dans laquelle aucun des « termes » n’est un objet


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