Le Temps où nous chantions, 2/3

Qu’on le veuille ou non, on appartient. On ne nous laisse pas le choix, et naître, comme on voit le faire les personnages du roman, c’est d’une certaine façon appartenir au regard des autres, à leurs catégories et aux préjugés qui y sont attachés. Les parents souhaiteraient pouvoir échapper à cette sorte de fatalité. Ils y sont contraints, car si leur union, leur attachement, leur amour, est pour eux des plus évidents (ils ont perçu leur futur et ne peuvent s’y soustraire), pour les autres, les membres de la société américaine du XXème siècle, dominée par les blancs parce qu’ils sont blancs, et où les noirs doivent définir leur identité en opposition au blanc, le mariage d’une femme noire et d’un homme blanc est, pour le moins, une anomalie. Elle en parfaitement consciente, elle ne peut faire autrement, puisqu’elle est une femme noire et américaine. Mais lui ne le voit même pas, la plupart du temps, puisque, de son point de vue, il n’est pas un homme blanc : il est Juif. Bref pour n’appartenir à personne, pour s’affirmer comme les cas d’espèces qu’ils sont, ils cherchent à fonder leur propre état, à l’écart de l’hostilité entre les races, qui structure le monde américain : leurs enfants n’iront pas à l’école comme les autres, ils n’apprendront pas à raisonner en termes de races et de couleurs de peau, ils ne les distingueront même pas. Cependant, alors qu’ils sont ainsi projetés dans un avenir riche de nuances individuelles plutôt que de couleurs de peaux, la société américaine subit les convulsions de la révolte noire, et elles ne sont pas sans ébranler la conscience qu’ont les personnages de leur propre identité. Ni blancs ni noirs, ils risquent, alors qu’ils ne voulaient se définir que positivement, comme des êtres indépendants, de n’être rien pour ceux avec lesquels ils sont obligés, non seulement de cohabiter, mais de vivre. Le roman est ainsi aussi une mise en doute de l’utopie première : les enfants, ignorants du monde extérieur, pourront-ils y survivre lorsque viendra pour eux le temps de quitter le territoire de leur enfance. Un autre doute surgit : nier la différence entre les Noirs et les Blancs, n’est-ce pas raisonner comme un Blanc, comme celui qui, effectivement, n’a pas à se soucier de cette question, qui n’a pas à subir les conséquences du racisme ? Comment s’échapper ?

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