A partir de Haze, de Tsukamoto

A quoi ressemblerait ton enfer ? Qu’est-ce qui l’habite ? Ton père, ta mère, ton voisin, ton prof, un type que tu n’as vu qu’une fois mais dont l’image reste poisseuse, ta femme, ton ex, ton patron, une armée de patrons qui cherchent à te faire bouffer tes oreilles et à t’arracher les yeux, ou les classiques mais virulents démons de tes cauchemars ? Dans celui-ci il est seul, du moins c’est ce qu’il semble, même s’il semble craindre la présence de quelque chose planqué dans l’ombre, une vague lueur jaunâtre atteint difficilement son visage, la sueur qui le recouvre, plutôt. A vrai dire, il est paniqué. Où est-il et pourquoi ? Dans des égouts, au milieu de tuyauteries sans fin ? Ces jambes qui traînent appartiennent-elles au visage qu’on a aperçu, ou l’inverse, ou n’ont-elles rien à voir et sont-elles douées du pouvoir de se mouvoir par soi-même ? Les membres d’arrachent ou se dédoublent, semblent vivre leur propre vie, à nos dépends. Cette impression sûrement n’est pas des plus agréables. Le démon qu’on vient d’apercevoir, ou qu’on a cru apercevoir, est-ce vraiment la bête qu’on croit, ou seulement le personnage qui essaie de fuir ? Qui est le monstre qui le torture, qu’on n’aperçoit pas, s’il y en a un ? Il doit bien en avoir un puisqu’il pisse le sang et qu’il aperçoit dans mouvements, et qu’il a bien fallu que quelqu’un l’amène ici. Dans ton enfer, serais-tu contraint de plonger dans une mare de sang où trempent les membres de tes congénères, qui ont peut-être eu la même idée que toi : plonger dans ton angoisse pour ressortir de l’autre côté, ou bien ton enfer serait-il moins spectaculaire, moins horrifique ? Est-ce que quelque chose, que tu ne peux voir, te frapperait sans cesse l’arrière du crâne sans que tu puisses bouger, mais seulement gémir ? Est-ce que tu glisserais le long d’un tuyau auquel tu pendrais par tes dents ? Et s’il y avait quelqu’un dans ce trou, est-ce qu’il chercherait à te bouffer le crâne ou est-ce qu’il serait possible d’unir ses efforts pour s’échapper ? S’échapper de l’enfer, drôle d’idée ? Est-ce qu’il pourrait servir de décor à une belle histoire d’amitié genre « l’amitié ne s’éprouve vraiment que dans les moments les plus horribles de l’existence » ? Une comédie alors. Lui ne sait pas où il est et ne se souvient de rien, mais il rencontre une femme, une femme qu’il connaît même s’il ne s’en souvient, qui l’incite à la suivre car elle pense connaître le chemin qui conduit à la lumière ou juste ailleurs, ou quelque chose comme ça, même s’il est probable que sur ce chemin ne se trouve que la chose, celle dont le comportement explique la présence de ces bras arrachés de leur tronc, et ces membres déchiquetés. Son seul souvenir, sa seule vision : des jeunes gens se font massacré. Et quel rôle jouait-il dans cette scène ? Est-ce qu’il faut mériter son enfer ? Quel serait mon rôle dans mon propre enfer, celui de la victime, ou serais-je contraint de me comporter comme une merde pour l’éternité, de faire souffrir, et de ne pas pouvoir le supporter, ou bien est-ce que les tortionnaires, dans cet enfer, sont-ils finalement dans un état de liberté totale et attendent simplement qu’on leur fournisse de nouveaux corps pour leurs expériences. Est-ce qu’en enfer on peut assouvir tous ses délires de puissance jusqu’à s’étouffer sans dans son pitoyable rire-sanglot de porc repus ? Un enfer libéral, en somme. Un bel enfer à son image. Peut-être qu’on a le choix entre différentes destinations, qu’on peut faire un peu de tourisme, jouer un rôle, puis l’autre, porter le déguisement du démon du cercle de l’enfer qu’on préfère (rime pour un slogan, pour encourager l’économie du tourisme dans l’au-delà, la concurrence est rude), à condition de ne pas y prendre de plaisir, évidemment, même pervers ou simplement ambigu.

(Hier j’ai regardé Haze, de Tsukamoto)

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1 Response to “A partir de Haze, de Tsukamoto”


  1. 1 Sandrine lapaire 17/05/2008 à 10:51

    Monsieur C.,vous avez oublié de signer notre livre d’or… Pourriez-vous repasser dans l’après-midi, merci.


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