Programmé

Un des thèmes du livre est manifestement la question de l’identité, de la personnalité. Criminel, on cherche à l’effacer, en nettoyant son esprit des traces de son existence passée, pour le remplacer par un bon citoyen, de toute façon sans histoire. C’est comme une mise à mort, mais cette opération présente l’avantage indéniable de ne pas priver la nation de deux bras propres à produire. Sauf qu’il reste des traces de l’ancienne personnalité, et donc les deux esprits vont devoir se battre entre eux pour survivre, de préférence seul, dans le corps original. Il aurait pu aborder la question de l’identité en laissant entendre qu’il est impossible de supprimer l’esprit en laissant le corps, l’esprit n’étant pas logé dans le cerveau comme dans une cabine de pilotage, mais étant façonné par le corps, pour supprimer l’esprit il faudrait alors effacer le corps qui va avec. Ça aurait peut-être pu servir de ligne pour une œuvre nuancée. Non, il préfère conserver un parti pris dualiste, et même l’accentuer pour le rendre un peu plus spectaculaire. Non seulement le passager indésirable peut prendre possession du corps du personnage dans le même sens que nous autre possédons nos corps et pouvons le bouger si on le souhaite, ou parce que notre patron nous l’a ordonné, mais il étend les pouvoirs de sa volonté à : provoquer des douleurs, jouer avec les muscles comme s’il tirait, de l’intérieur du crâne, sur un jeu de ficelles, ou même faire comme s’il serrait son propre cœur à pleine main. Evidemment que l’intérêt de la science fiction tient largement à son exagération de ce qui est, en l’occurrence l’idée qu’il pourrait être judicieux de lessiver le cerveau de criminelles pour en faire des individus intègre, d’accord mais l’objectif devrait quand même être de parler de nos corps et, au fond, de notre politique. On remet en cause tout ce qui semble circonstanciel et accidentel, on le remplace par tout à fait autre chose, pour mieux souligner les traits du réel qui semblent essentiels à l’auteur, quelque chose comme ça. Dans ce cas donc, lorsqu’il cherche à nous imposer le détail d’un mécanisme de la volonté, on ne sait plus de quoi il parle et on est tenté de dire : de rien, il produit de la fiction sans fond, et on n’est plus seulement agacé par les explications « scientifiques » interminables, mais on se dit qu’on perd son temps, qu’on ne voit pas de quoi il parle. Mais bon, ce n’est pas forcément désagréable de ne pas être dominé par un bouquin et le talent de son auteur. On ne peut pas s’identifier à son personnage ontologiquement trop bizarre, mais on s’identifie au moins à la faiblesse de l’auteur.

En lisant L’Homme programmé, de Robert Siverberg.

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