Extrait de Déjà Mort, de Denis Johnson

« Dans l’arrière-cour Frankenstein resta immobile pendant une minute pour écouter les faibles jappements des phoques sur le Roc du Naufrage, un bruit rappelant celui de nombreuses pièces mal lubrifiées – pistons, poulies, gonds – et qui dérivait sur près de trois kilomètres, porté vers lui par le vent. En fait, certains de ces bruits étaient des mots. Et certaines de ces entités, là-bas sur les rochers, n’étaient pas des phoques. Et pas davantage les spectres légendaires des pêcheurs noyés qui hurlaient leur désespoir depuis quatre-vingt-sept ans. Ni même les bûcherons qui, impuissants sur le rivage au milieu de la tempête, les entendirent en pleurant, certaine nuit de 1903, tandis que la flottille de dix-sept esquifs sombrait, entraînée par la tempête à partir de Bodega Bay et si affreusement broyée sur ces promontoires que, le lendemain, pas le moindre petit bois ne témoignait de leurs vies ni de leurs oeuvres. Non, en fait ces entités appartenaient à lui seul.
Figé, il tendit l’oreille. Pas un mot ce soir. Elles dormaient dans ses veines. »

Trad Matthieussent

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