Annexe au prochain post sur Amartya Sen

Dans Ethique et économie, Amartya Sen tient de drôles de propos, même s’ils sont louables et qu’ils ne sont drôles qu’autant que peut se permettre de l’être un prix Nobel d’économie. Si ça t’intéresse, je vais en faire un papier dans quelques jours.

En tout cas en lisant son texte m’est revenu un exemple pris par un prof de philo pour illustrer la théorie des jeux. Une variante du « dilemme du prisonnier ».
Prenons trois coureurs cyclistes. Si aucun ne se dope, le « meilleur » gagne. Si un seul d’entre eux se dope, il remporte la course, même s’il ne l’aurait peut-être pas gagnée sans EPO. Ce système fait qu’il est rationnel que les trois se dopent, alors même que le résultat sera sans doute le même que si aucun des trois ne s’était dopé. En effet, si un des coureurs ne se dope pas, il n’a aucune chance de gagner, or il ne participe sans doute pas à une compétition pour la perdre.
Serait-il possible d’imaginer un système dans lequel ceux qui ne pensent qu’à leur intérêt propre « remportent » la course face aux altruistes? A toi de voir. En tout cas, si cette course n’est pas celle à laquelle nous participons en permanence, en tant qu’individus, n’est-ce pas celle dans laquelle sont lancées les entreprises ou d’autres acteurs économiques de se genre? Sais pas. Je ne peux en dire plus puisqu’il faut que j’aille écouter le Quatuor Arditti à la Cité de la musique (ya des places si ça t’intéresse), mais Sen reproche à l’économie de ne considérer les acteurs que comme s’ils ne faisaient que chercher leur propre intérêt, alors que si l’économie doit décrire la « réalité », elle devrait prendre en compte les aspirations altruistes des agents.
Sen essaie notamment de montrer (ce qui m’a remis l’exemple des cyclistes en mémoire) qu’une philosophie comme celle de Nozick -pour qui, je résume un peu, me prendre un dollar pour le donner à un pauvre, c’est remettre en cause ma liberté et mon intégrité- « peut même se combiner à une thèse affirmant qu’il est moralement approprié, pour chaque membre d’une société, de réfléchir à la façon dont il peut aider autrui. » En tout cas il faudrait peut-être demander son avis à Nozick avant qu’il t’accuse de lui voler sa pensée et de fouler au pied son œuvre. Je me demandais juste ce qu’il advient dans un tel système (très abstrait évidemment, mais quand même), si un seul individu se met à ne penser qu’à ses propres intérêts, pendant que les autres pensent à ceux des voisins. Enfin, si ça se trouve je vais me rendre compte que je raconte encore une connerie.

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3 Responses to “Annexe au prochain post sur Amartya Sen”


  1. 1 Fausto Maijstral 25/01/2008 à 17:24

    Nozick! Si je m’attendais… Le problème de ta question sur ce qu’il adviendrait si un seul individu ne pense qu’à ses propres intérêts, c’est que tu oublie que l’exemple cycliste est une simplification de vulgarisateur, que la société compte plus de trois membres et surtout que si le but du coureur de compétition est relativement évident, celui de l’individu beaucoup moins. (Comme le dit John Barth, rien n’est plus insaisissable que le motif d’une action humaine.) D’autre part, dans ton hypothèse de l’individu qui ruine tout, penser à ses intérêts propres entre en contradiction totale avec penser à ceux de ses voisins alors que ce n’est pas du tout aussi clair dans la réalité et que dans bien des cas, ils se rejoignent au contraire. De toute façon, la notion même d’intérêts particuliers est assez complexe à définir ce qui empêche de l’utiliser de façon précise et juste dans ce type d’exemples.

  2. 2 Untel 25/01/2008 à 21:33

    Et oui… Nozick, si tu savais…Alors, bon, je suis maintenant obligé d’entrer dans le sujet. L’histoire du coureur cycliste peut montrer aussi comment s’instaure une règle de conduite, une nouvelle contrainte du jeu, de la compétition. Du respect de cette nouvelle « règle » dépend in fine la victoire des compétiteurs. Le fait est sans doute que dans un cadre éthique, entre individus, la situation est plus complexe. Mais dans le cadre d’une compétition entre entités d’un autre type que j’appellerais par exemple le professionnel de la finance, l’entreprise, toutes ces choses qui ne semblent (peut-être que je me trompe aussi sur ce point) ne chercher que toujours plus de profit, et par suite toujours plus de richesses au dépend des autres concurrents, ce qu’on pourrait appeler de « mauvaises pratiques ». Mon erreur est effectivement d’avoir abusivement étendu l’analogie aux relations entre personnes au sein de la société (bon là j’entre directement dans la discussion de Sen, j’espère lire ce que tu en penses avant que je le termine). Peut-être que si on la réduit au jeu de la compétition économique, entre concurrents sur un même marché et dans les mêmes conditions de contrôle, par exemple, ça pourrait marcher. Justement mon hypothèse est que les professionnels de l’économie (en acte, si on veut) ou les entreprises, sont des êtres impersonnels qui ne sauraient avoir de considérations éthiques, leur survie dépendant, dans le contexte de la compétition internationale, de leur faculté à survivre. Est-ce que c’est mieux comme ça? (difficile de relire dans ce cadre, j’espère que ça ira)

  3. 3 Untel 25/01/2008 à 21:34

    le motif de l’action humaine est complexe, celui des acteurs économiques de ce type ne l’est pas, et leur créativité tiendrait alors à créer des pratiques de ce types avant les autres.


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