(pas assez) Rapide réponse au sujet de Vincent Descombes

ça sera sans doute plus lisible ici.

Bartleby, rassure-toi, je ne vois pas comment un nazi pourrait sans mentir s’approprier l’impératif kantien (que ferait-il des critères suivants qui doivent s’appliquer à la maxime de mon action : universalité (et non valeurs nationales) et respect de la personne humaine? En plus, l’impératif est catégorique, alors que la maxime de l’action d’un nazi est subordonnée à toute sortes de critères « non purs » comme dirait peut-être le vieux. Je crois pouvoir supposer que rares ont été les nazis qui 1) ont lu Kant et 2) ont adhéré à son propos de philosophe de l’Aufklärung.

Enfin bref, le problème que pose Descombes n’est justement pas moral mais politique : ne pas seulement montrer que quelqu’un agit de façon immorale, mais qu’il a tort d’agir comme il le fait en fonction de ses propres fins : « je fais appel à une fin que le sujet pratique se trouve avoir , s’il est bien, comme il le prétend, un acteur politique. » Il s’agit d’abord, comme je disais, de montrer que ses fins sont incompatibles avec sa fonction sociale (recteur, médecin, général, etc.), le rôle politique qu’il tient. Descombes cherche à se placer sur le terrain pratique, et non moral. A mon avis il faut le prendre comme une proposition, puisqu’il s’agit avant tout, dans ce texte et un autre de ses livres a rejoint ma pile, de contredire les catastrophistes, pour lesquels il n’y aurait pas d’usage de la raison dans le domaine politique, du moins de raisonnements capables d’apprécier la valeur des fins qu’on se propose.
La subtilité de sa position tient également à ce qu’il ne fait pas siennes les thèses d’autres rationalistes : Habermas et K-O Apel. Pour eux (je n’ai lu ni l’un ni l’autre et ne présente donc leurs thèses que d’après ce qu’en dit Descombes), il est possible d’atteindre à une certaine rationalité en réduisant le risque d’erreur des acteurs par le moyen du dialogue. Je n’ai pas parlé de ça parce que je ne voulais pas faire quelque chose de trop long, et parce que j’ai encore du mal à accorder cet élément avec le reste. Ecoute, j’ai retrouvé le passage où sa position à ce sujet est exprimée avec clarté, effectivement, comme toujours chez Descombes, qui est un écrivain remarquable.

« Au fond, l’association d’être humains en vue de diminuer la part des préjugés et d’augmenter celle de la connaissance des dogmes communs est une société réduite à l’intersubjectivité. Lorsque des philosophes veulent nous donner cette intersubjectivité pour la définition du social, ils indiquent par là que toute leur philosophie politique tient dans l’élimination d’une structure politique des affaires humaines, ce qui veut dire d’une structure permettant de subordonner, dans les affaires communes, un souci à un autre, ou un ordre de fins humaines (et donc, en terme d’institutions, une instance de décision à une autre). Dans une philosophie politique acceptant qu’il y ait une dimension politique des affaires humaines, la question qui se pose est celle de savoir quelle doit être cette subordination, et jusqu’à quel point il dépend de nous de l’établir de façon consciente et délibérée »

Voilà, je cite ça pour que tu puisses mieux positionner Descombes entre les irrationalistes (relativistes) et d’autres rationalistes. Mais quand on commence ce genre de truc, on s’arrête difficilement. J’espère en tout cas que je réponds à la question que tu m’as posée : est-ce que oui ou non il essaie de répondre à la question du soi-disant nazi rationnel.

Par ailleurs, que Descombes passe à la télé c’est plutôt une bonne chose, puisque contrairement à d’autres il ne déshonore pas la philosophie et son idéal de rigueur (si tu me permets de parler un peu pompeusement, mais tu vois sans doute ce que je veux dire). Avec Bouveresse, je ne vois pas qui d’autre, Frédéric Nef, sans doute, dans un tout autre domaine, mais bon, c’est pas le top 50…

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9 Responses to “(pas assez) Rapide réponse au sujet de Vincent Descombes”


  1. 1 Bartleby 17/01/2008 à 11:41

    Hélas, de nombreux nazis ont lu Kant et s’en réclamaient (directement ou indirectement ?) lors de leur procès. L’Universalité ne posait pas problème. La maxime de toutes leurs actions non seulement supportaient l’universalité (selon eux, bien sûr), mais c’était même une exigence. Quant au respect de la personne humaine, c’est très facile à détourner : le Juif n’étant pas considéré comme une personne, mais comme un parasite. Tout ça pour dire qu’aucune morale ne permet d’être un critère en politique.Et pourtant, sans être catastrophiste, je ne vois pas comment une philosophie politique, un jugement politique peut concrètement se passer de référence morale, de point de départ moral.Il me semble que ce qui va décider de mon jugement politique est une certaine vision morale de l’homme, du monde. Néanmoins, cela ne suffit pas à faire de mon jugement politique un jugement objectif. Ce qui fait qu’en ce domaine, il n’y a que des opinions. Cela explique aussi pourquoi il n’est pas possible de convaincre l’autre. Même si je sens qu’un nazi a tort, je ne pourrai jamais le convaincre. Hélas.

  2. 2 Untel 17/01/2008 à 11:46

    Je ne partage pas ton avis sur l’impératif catégorique. Il ne suffit pas qu’un nazi prétende faire référence à Kant qu’il le fait. D’ailleurs, faudrait voir comment ils faisaient.Il ne s’agit pas de les convaincre, mais de prouver qu’ils ont tort.

  3. 3 Untel 17/01/2008 à 11:48

    Si la morale kantienne était perméable au nazisme, je ne vois pas d’où sortirait sa réputation

  4. 4 Bartleby 17/01/2008 à 11:52

    Comprenons-nous bien : je ne défends absolument pas le nazisme. Je ne dis pas non plus qu’ils le faisaient bien : il est clair que le criticisme moral n’a rien à voir avec le nazisme, je dis seulement qu’on peut toujours interpréter une doctrine morale dans un sens ou dans un autre.Tu fais un sophisme : prouver à quelqu’un qu’il a tort, c’est le convaincre de son erreur.Il n’empêche que le propos de Descombes est très intéressant et ce que tu en dis l’est tout autant.

  5. 5 Bartleby 17/01/2008 à 12:01

    Nous parlons de cela alors qu’il y a des choses bien plus graves : Carlos est mort. Après Bourgois et Gracq, ça commence à faire beaucoup…

  6. 6 Untel 17/01/2008 à 12:06

    A mon avis, on ne peut pas interpréter une théorie dans un sens comme dans un autre, on peut seulement la déformer, on peut occulter ce qui nous dérange, ou attribuer des propos qui n’ont pas été tenus.zy-vas tu me traites de sophistes? On peut prouver à quelqu’un qu’il a tort sans le convaincre ; je voulais dire qu’entre nous on peut argumenter tant qu’on veut, un fanatique en a rien à foutre, et la rationalité n’est pas son problème, on ne le convaincrait pas qu’il doit changer d’avis. Ses motifs ne sont justement pas rationnels. ;)Merci pour tes commentaires, le dialogue est fructueux (entre types qui tentent d’être rationnels).Gracq, Bourgois, Stockhausen, et maintenant Carlos, mais que font les autorités?

  7. 7 Bartleby 17/01/2008 à 12:28

    Puisque tu aimes la polémique : pour moi « sophiste » n’est pas une insulte ! Pour être très nietzschéen, je dirais même que ce sont les derniers grands penseurs de la Grèce…Sinon, sans parler du nazisme, parce que c’est un fanatisme, as-tu déjà réussi à convaincre un mec d’extrême droite qu’il a tort ? Il entend les arguments et puis ça glisse. Tu me diras que l’extrême droite est un fanatisme. Alors, si tu es de gauche, as-tu réussi à convaincre un mec d’être de droite et vice versa ? Si ce n’est en utilisant des sophismes (au sens noble du terme ! 🙂 !)

  8. 8 Untel 17/01/2008 à 12:41

    Quoi de plus nietzschéen que la polémique? A quoi sert la philosophie sinon à argumenter sans fin, ce sport revigorant? Pour le reste je te dirais : mais c’est justement ce que je dis (à si peu de chose près)! De toute façon on ne peut pas discuter avec les sarkozystes, ils n’entendent pas raison! ;))

  9. 9 Bartleby 17/01/2008 à 12:50

    Ils n’entendent rien, c’est vrai. Du coup, Carla peut chanter à l’Elysée, ça ne dérange personne…


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