Une fois provisoirement achevée la lecture de Gothique charpentier, de Gaddis

Liz,

Est-ce que je ne t’avais pas prévenue? Tu ne pourras pas engager de procédure contre moi, au motif fallacieux que je n’aurais pas respecter mon devoir, que je ne t’aurais pas porté assistance alors que tu te trouvais en danger. Tout le monde te conseillait de partir, tu n’en as rien fait, alors même que progressivement la violence se rapprochait de ta maison, qu’elle touchait tes proches, l’un s’avérant criminel, l’autre victime. Comme prévu, tout ça finit en catastrophe, et je ne vois pas comment tu pourrais lire ces lignes, mais tu sais ce que c’est, on écrit parfois plus pour se laisser aller aux tendances verbales qui nous taraudent que pour être lu.

Tu n’es qu’une des victimes de ce roman polymorphe. Les enjeux familiaux qui sont les premiers exposés, cet héritage considérable, auquel tu ne prêtais pas beaucoup d’attention, auraient pu constituer à eux seuls la trame d’un roman. C’est aussi un roman consacré à une femme seule, toi, délaissée par son mari suractif et surambitieux, que tu ne croises que de temps en temps, et la teneur de vos dialogues n’est pas toujours teintée de la complicité qui adoucit les mœurs. C’est aussi un roman sur la corruption des sénateurs ou des entrepreneurs, prêts à tout (quand je te dis que les patrons sont notre calamité!) pour accumuler, y compris tuer, déclencher des guerres, organiser le fanatisme des foules. La thune tue l’homme (au propre et au figuré, tu n’as qu’à choisir). Est-ce un roman sur la lâcheté de ceux qui disposent de la connaissance qui permettrait de dénoncer les manœuvres sournoises et criminelles? Peut-être. Tu étais mariée à un ancien du Vietnam, ce qui n’est pas sans conséquence. C’est un roman érotique, par moment. C’est en tout cas un roman sur la catastrophe, qui menace les personnages mais aussi, j’en ai peur, les lecteurs. Nous risquons de nous retrouver broyés, pris entre la force de la folie (le pouvoir, le patronat) et de la stupidité (le rôle des religions et des médias dans l’abrutissement généralisé).

Evidemment, si j’ai accepté de te suivre, c’est en grande partie du fait de cette multiplicité, et du grand bazar qu’elle engendrait. Cependant, je ne peux ici que répéter ce que je te disais un autre jour. Le roman est composés de dialogues qui ne miment pas l’oralité ordinaire, mais attribue à chacun une langue, composée à partir des confusions, obsessions, peurs, émotions de chacun. C’est par moment assez agaçant. J’avoue que parfois tes hésitations perpétuelles, les saillies de ton mari, tout ce bordel verbal m’a un peu fatigué, et je me demandais A quoi bon écrire ça comme ça? Bien sûr le choix de n’écrire, presque, que les dialogues qui se tiennent dans la maison permet de laisser l’action se dérouler ailleurs, et on se retrouve aussi largués que tu l’étais, sans être aussi naïfs, car même dans ta maison il se passe des choses dont tu n’avais pas idée. Cette mécanique souterraine, dissimulée, mais violente et implacable, a eu raison de toi, qui ne voulais pas prendre la mesure qui s’imposait manifestement : la fuite. Par ailleurs, on a aussi l’impression de regarder un feuilleton télévisée, avec ses intrigues tirées par les cheveux et ses dialogues caricaturaux. Gaddis a sans doute voulu accentuer encore l’inhumanité des rapports que tu entretenais avec les autres personnages, qui se servaient de toi, et les autres entre eux. Cette forme permet aussi les coups de théâtre, et le sourire du méchant, à la fin est un final de cinéma hollywoodien (version grincements de dents diaboliques).

Bref, je n’ai pas passé en ta compagnie que des moments agréables, mais je ne te voulais pas de mal.

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5 Responses to “Une fois provisoirement achevée la lecture de Gothique charpentier, de Gaddis”


  1. 1 lazare 19/11/2007 à 16:54

    Maintenant tu devrais lire « Le dernier acte » pour savoir ce qui lui est vraiment arrivé… tu risque d’être surpris

  2. 2 Untel 19/11/2007 à 17:02

    Encore un coup de théâtre? Je ne pourrai pas le lire pour l’instant, mais est-ce que tu pourrais me dire si Gaddis pousse un peu plus l’humour que dans celui-là? Je ne sais pas trop pourquoi (ou plutôt à cause de son traitement outré de l’intrigue géopolitique), je le vois bien écrire des romans plus drôles que Gothique charpentier.

  3. 3 Untel 19/11/2007 à 21:49

    mais ptête que jraconte que des conneries

  4. 4 lazare 20/11/2007 à 09:11

    Non, en fait ta remarque est plutôt juste. Le plus marrant de tous les Gaddis que j’ai lu (car, O seigneur miséricordieux pardonne moi, je n’ai pas lu « JR » qui est épuisé en français & dont la lecture en anglais m’intimide un peu quand même) c’est « Les reconnaissances ». Dans « Le dernier acte » l’humour arrive par éclats sporadiques, des situations absurdes, des dialogues hallucinants (Gaddis est vraiment le plus grand dialoguiste que je connaisse – m’étonne que « Gothique » n’est pas été adapté au théâtre ou au ciné). L’intérêt du livre se trouve surtout dans l’intertextualité. Tu t’es fais une idée de la mort de Liz, la même que pas mal de monde. Le truc marrant c’est de voir un personnage du « Dernier acte » donner les véritables causes de sa mort au détour d’un chapitre. Comme ça, l’air de rien… Mais je ne te cache pas que sa lecture est quand même assez physique.

  5. 5 bobob6 26/11/2008 à 01:08

    non!pour moi le « dernier acte »est parfait!drôle(intelligent),puissant,triste,pas cher payé!c’est le procès gagné!reconnaissances contre critiques!cet un monument que Gaddis à fait payer l’exact pris:les dollars de « jr »!!!mais « gothique charpentier » n’est pas un livre comique,ni « jr »,ni « le dernier acte »,ni agonie d’agapé,ces livres sont d’un homme foudroyé(lisez ce qu’a écrit claro sur la traduction d’agonie,comme il en a bavé gaddis et claro à le traduire,dans violence et traduction je crois,mais ne suis pas sur)c’est pas un comique c’est un homme d’un grand esprit,comme pynchon qu’on sculte à la rigolade,contre-jour,est un livre profond,son humour est noir,mais pas façon de parler,c’est le roussel des impressions d’afrique,et les nouvelles impressions d’Afrique,et locus solus,et comment j’ai écrit certain de mes livres,l’humour le plus magnétique qui soit!les dialogues de gaddis sont exceptionnels,mais là aussi pour comprendre ça c’est « jr »!les traductions de jr et du dernier acte sont sorties coup sur coup!par cholodenko,admirables,sur les étals ils y en avait des quantités tellement ont attendait gaddis!bon sang c’est pas si vieux,comment avoir raté « jr »ça c’est drôle,non c’est pas drôle,mais on avait été averti par chénetier et pétillon,et comme on connait plon,et leurs manières(pilori)on est sans excuse pour « jr »et ses dialogues et ses couleurs inouies…quand au pynchon je me moque de la couverture,j’espère qu’il reste assez de force à claro,car il en bave…du traduit…


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