Nomos Alpha, de Xenakis

Avant d’entendre la pièce Nomos Alpha, pour violoncelle seul, je l’ai vue. J’ai vu un violoncelle, cet instrument rond, sensuel, riche et large, se faire martyriser par un individu qui se prétendait musicien, mais qui m’apparaissait plutôt comme l’instrument de torture utilisé par le compositeur. Nous restions, impuissants, à contempler ce spectacle atterrant.

On voit en effet, et il faut effectivement prendre le temps de l’adaptation pour l’entendre, que la pièce commence par une courte série de pizzicati particulièrement forts, risquant presque de casser les cordes. Le musicien poursuit son office en les martelant. Après ça il frotte son archet pour produire les sons les plus extrêmes de l’instrument. Plutôt : il râpe les cordes sans défense avec son archer, espèce de brute. Il lui fait la totale, ensuite, du pianissimo aux fortissimo, de longs notes tenues à une succession vives de piz de martèlements ou de frottements frénétiques, en une suite de séquences de quelques secondes, qui se succèdent sans laisser aucun répit. Après le moment d’étonnement horrifié, pour ainsi dire, vient bien sûr, comme souvent avec ce genre de musique, et en particulier avec Xenakis, l’étonnement amusé. Car le suspense est grand : que va-t-il arriver, qu’est-il vraiment possible de faire avec cet instrument, est-il possible d’épuiser toutes les possibilités de jeu, les façons de frotter frapper glisser les cordes la caisse et le reste ? Car, me semble-t-il, c’est bien de jeu qu’il s’agit, ou d’exercice de gymnastique, pour l’instrumentiste, qui doit sortir épuisé de son concert d’une virtuosité inhabituelle, et pour l’auditeur, contraint de remette en cause ses préjugés sur la beauté de l’instrument malmené, et ses attentes à son égard. Je comprend notamment la pièce comme une preuve par l’exemple de l’existence de possibilités insoupçonnées dans l’utilisation d’un instrument pluri centenaire, et qui plus est traité par les compositeurs les plus respectés.

Ce qu’on perçoit, c’est donc, pendant un quart d’heure, cette multiplicité saturant l’imagination, submergée par l’insoupçonné et l’inattendu. On ne perçoit pas, à l’écoute, ou plutôt, je n’ai pas perçu, les aspects du métiers de Xenakis qui revèlent des théories mathématiques. Mais ce désordre est pensé avec profondeur, et le travail de sape est méthodique, pour ne pas utiliser des termes tels que : génial. Surtout si la pièce se termine par une sorte de pied de nez à la musique traditionnelle, ou comme une parodie d’exercice d’enfant, autrement dit par une bonne vieille gamme scolaire, celle-ci étant incontestablement l’occurrence d’une des façons de faire de la musique.

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