Appels téléphoniques, de Roberto Bolaño

Le téléphone reste un accessoire. Il permet cependant, parfois ou quotidiennement, à certains des personnages d’Appels téléphoniques d’atténuer le manque. Tous l’utilisent alors qu’ils sont manipulés par les tourments de l’amour ou la menace de la mort, pris de désirs. Tous ces éléments, ces noyaux, sont polymorphes, et à chaque texte est attachée une voix. Elle n’est pas toujours celle du personnage du récit, mais c’est toujours une voix qui s’adresse à nous sur le ton de la conversation, qui nous raconte ce qui est arrivé au propriétaire de la voix, ou ce qu’il a entendu dire à propos d’un ou d’une autre. Ils nous racontent donc leur histoire comme ils peuvent, parfois dans la confusion et l’incertitude, mais toujours avec la volonté de raconter car à chaque fois il se passe quelque chose d’essentiel, quelque chose comme un signe, qu’on ne sait pas interpréter. Les narrateurs peuvent ne pas avoir de connaissance directe des faits dont ils rendent compte. L’important est qu’ils s’adressent à nous. Nous les écoutons parce que même si le locuteur est un agent mafieux, une actrice porno, un sale flic un prisonnier politique un écrivain etc, on a l’impression de le comprendre, de se reconnaître.

Les raisons qui motivent les coups de fils que se passent de temps en temps les personnages impliquées dans les nouvelles sont multiples, bien sûr. Il peut s’agir d’appeler à l’aide, (même si je ne sais pas si le pauvre jeu de mot appel téléphonique – appel à l’aide vaut en espagnol), il peut s’agir d’appels anonymes, de menaces, ou juste d’appels pour se donner des repères au milieu de tout ça, pour essayer de ne pas se perdre.

Chaque nouvelle, donc, nous donne l’occasion d’une rencontre, autour de l’essentiel et de sa fréquente brutalité, de son arbitraire, son absurdité. Certaines histoires dégagent une telle mélancolie… Tous les appels ne peuvent recevoir de réponse, on peut se retrouver incapable de répondre, de dire ce qu’il faudrait, ce qu’on devrait. C’est clairement de lui, l’auteur, et de nous, qu’il est question, et de nos amours, de notre sexualité, notre mort.

Autant dire que les personnages font comme ils peuvent avec ça… et avec leur désir intermittent de vivre.

« Tony ne se fâchait jamais, ne discutait jamais, comme s’il considérait comme absolument inutile de faire en sorte qu’une autre personne partage son point de vue, comme s’il croyait que toutes les personnes étaient égarées et que ce serait prétentieux qu’un égaré indique à un autre égaré le moyen de trouver le chemin. Un chemin que non seulement personne ne connaissait mais qui probablement n’existait même pas. »

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3 Responses to “Appels téléphoniques, de Roberto Bolaño”


  1. 1 lazare 24/10/2007 à 13:39

    & merci pour ce beau papier qui donne envie de lire ce Bolano… où est cette foutue carte bleue???

  2. 2 Untel 24/10/2007 à 17:36

    Bien content que de temps en temps je tape pas complètement à côté.

  3. 3 lazare 25/10/2007 à 09:37

    Ah mais, c’est loin d’être le cas. Ma foi, un excellent choix de lecture (du moins en accord avec ce que j’aime ou ce que j’aime découvrir), un style peccable (j’aime bien quand tu dis: « As tu lus… » ou « Certes je ne te conseille pas… »). De Bolano je n’avait lu que « Monsieur Pain » & « Etoile distante », je garde « Les inspecteurs sauvages » sous le coude en attendant « 2666 » mais y’a toujours des bouquins qu’on ose pas lire ou on se dit qu’on va se planter & t’as un pote qui le lit, lui. Ben, c’est cool, un vrai lecteur qui te dis: « Oui, tu peux sortir les 20 euros, ça vaut le coup ».


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