Rideau de verre, de Claire Fercak

Entre deux Hrabals je me suis essayé à un roman de la rentrée littéraire et même, suprême audace (ou inconscience), à un premier roman de cette rentrée, écrit par une jeune femme de 25 ans. Mes sentiments à sa lecture étaient relativement mitigés, car le texte montre une aspiration à la puissance que l’auteur ne parvient pas vraiment à mettre en œuvre, un potentiel explosif sans détonateur, mais déjà mes propositions sont négatives alors passons tout de suite sur l’autre versant.

Le sujet du Rideau de verre est la violence subie par une petite fille, et ses répercutions sur son corps et son esprit, pendant leur survenue et après que plusieurs années ont passé (ça ne passe pas). On devine plus qu’on ne comprend clairement (j’y reviens) qu’il s’agit d’une petite fille qui subit les coups et les vexations de son père qui menace de la tuer. Dans ces conditions « Elle n’a pas longtemps été enfant, ce fut une maladie. Imaginez comment on se sent quand on habite un corps juvénile et qu’on ignore ce qu’est une petite fille. »

La narratrice, racontant le passé ou le présent, utilise le « je » ou le « elle » dans des tentatives de détachement, impossible, de son passé de brutalité et de mort. Elle ne sait plus, pas plus que nous, où est le passé, le présent, la jeune femme et la petite fille. Permanence de la douleur, marque permanente sur le corps et la langue. Elle se plonge dans les souvenirs morbides, et parfois respire malgré sa folie, puisque c’est un aspect de sa folie de ne pouvoir distinguer le passé du présent, la raison du délire verbal et des associations insensées du côté de symboles immanents, la petite fille qui prend les coups et la femme qui les a pris. Les effets de court-circuits qu’implique la combinaison de ces éléments sont bien rendus par l’écriture chaotique de Claire Fercak. En outre, le délire est un moteur d’invention poétique, certes souvent morbide, mais plonge le personnage et le lecteur dans l’incompréhension.

Contre cette folie la lecture, de Sylvia Plath et Virginia Woolf, mais aussi l’écriture, la recherche d’une voix, apparaissent comme une alternative au vocabulaire froid de la psychiatrie, incapable d’apaiser les tourments de la personne et de la langue, tout juste bon à prévenir : « Le médecin la met en garde Si vous prêtez aux origines elles sont malsaines une trop grande attention peuplent mon organisme elles finiront par blanchir mes os ronger votre système nerveux. J’ai vingt-quatre ans. Il est trop tard, je veux consentir à la douleur. Et la nommer. » ça m’étonne, qu’on présente l’écriture comme un moyen thérapeutique, et en fait ça m’ennuie de voir quelqu’un se regarder écrire, mais bon.

Je suis parfois senti éloigné du texte. Les associations et effets de collages créent une confusion qui nous détache de leur violence supposée, comme aussi le raffinement de l’écriture, qui de fait est constituée de phrases confuses quand à leur sens mais claires quand à leur musique, ce qui donne à mon avis un ensemble un aspect posé contraire à l’intention. Ce n’est que mon impression.

Le bouquin est publié aux éditions Verticales, et dans une certaine mesure il est surprenant qu’on n’en entende pas davantage parler, mais bon (je ne veux pas dire qu’il faut en faire tout un foin, tout de même). Les journalistes préfèrent Olivia Rosenthal et On n’est pas là pour disparaître. Je n’ai pas aimé ce livre que je n’ai pas terminé, juste quelques mots pour m’expliquer, surtout si tu l’as lu et que tu l’as aimé. J’ai été intéressé par les quelques trouvailles verbales qui rendent l’état mental du personnage victime de la maladie d’Alzheimer, mais agacé par les notes (qui couvrent au moins un quart du roman) de l’écrivain du style « j’écris sur Alzheimer » (on avait remarqué) « parce que j’ai peur d’en être victime ou qu’un de mes proches le soit » (m’en fous).

Enfin, Rideau de verre est un texte très court (moins de cent pages), ce qui contribue à l’impression de lire un recueil de poésies, et peut-être aussi à une compression du sens source de confusions. J’espère n’avoir pas été trop confus moi-même. A+

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