Minuscule notule sur La Littérature nazie en Amérique, de Roberto B.

Je lisais récemment (je veux dire il y a environ une minute, sur le blog de Bartleby), une note portant sur ce bouquin de Bolaño. Il me semblait, mais peut-être est-ce illusoire, que je pouvais ajouter une pierre.

Sur les questions que pose le livre. Comment parler d’une littérature nazie? (et non seulement: qu’est-ce qu’une littérature nazie?) Qu’est-ce que collaborer avec les nazis (thème obsessionnel de Bolaño)? Parler de la littérature nazie, est-ce parler de leurs thèses, ou est-il possible d’en faire abstraction pour parler littérature? Qu’est-ce qui caractérise la littérature nazie en tant qu’art (dans les articles du livre)? Pas grand chose : elle est la même que celle des autres, elle prend la forme de poésies autobiographiques comme celle de la science fiction.

Or il m’a semblé, en lisant ce texte, cette succession de notices qui forment encyclopédie, que les critiques que portent le narrateur à ses objets n’étaient justement que littéraires, ne portaient que sur la pauvreté des intrigues ou du style. Qu’est-ce qui distingue mon intrigue, mon style, de ceux d’un littérateur nazi, pouvais-je personnellement me demander en parcourant les pages?

Le narrateur de la Littérature nazie en Amérique est-il nazi? Rien n’empêche un critique d’édulcorer, de rendre supportable, nullement repoussante, la littérature nazie, même si elle était horrible. Ou qu’est-ce qui identifie vraiment les textes nazis des auteurs dont parle le narrateur, qu’invente Bolaño?

Peut-être me suis-je planté, peut-être s’agit-il seulement de montrer que le nazisme n’appartient à aucun lieu ni aucun temps, mais il ne faut pas manquer de souligner le rôle que joue le narrateur, critique complaisant, au ton neutre, qui me semble être une des cibles de Bolaño, comme tout ce qui est complaisant dans l’oeuvre globale. Qu’est-ce t’en penses? (Désolé si ce ne sont que platitudes et banalités, mais bon, on fait ce qu’on peut)

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6 Responses to “Minuscule notule sur La Littérature nazie en Amérique, de Roberto B.”


  1. 1 Fausto Maijstral 02/10/2007 à 17:19

    Je ne sais pas. Selon moi, le narrateur, c’est Bolaño / Belano. Dans le ton mi-cynique, mi-amusé habituel. Grand livre comique, en fait. Surtout les descriptions des intrigues des livres de nos écrivains imaginaires. Et un commentaire sur l’histoire politique sud-américaine en toile de fon, bien sûr.

  2. 2 Untel 02/10/2007 à 17:46

    Tu as sans doute raison. On commence à lire avec certaines lunettes interprétatives, et le texte s’en trouve déformé, se plie à ce qu’on veut y trouver. Sans doute ce qui s’est passé. Que les « auteurs » dont il s’agit soient illuminés et comiques, c’est sûr, mais peut-être, je ne m’avancerais peut-être pas jusque là, que certains écrivains et poètes des Détectives sauvages le seraient également, sur un versant sympathique et bien vivant, disons. En tout cas, moi qui ne peux le lire en espagnol, je n’en peux plus d’attendre que Bourgois publie la traduction de 2666.

  3. 3 Bartleby 02/10/2007 à 19:12

    Tu as raison, la question est bien de savoir s’il peut y avoir une littérature nazie, etc. Il me semble toutefois que la réponse, pour Bolano, est négative puisqu’aucun des auteurs qu’il invente n’est un bon écrivain, comme si l’idéologie (mais sans doute est-ce le cas avec toute idéologie) tuait la possibilité d’une création. Quant au narrateur, il n’est pas si complaisant : il devient celui d’Etoile distante participant à la traque de Ramirez, un peu malgré lui, il est vrai.

  4. 4 Untel 03/10/2007 à 07:11

    Dans ce cas on pourrait avancer qu’il a tort. En effet, les religions et idéologies ne font pas nécessairement la mauvaises littérature, si tu me permets d’amalgamer les deux. D’ailleurs Gass (j’avance Gass, comme ça je peux rester derrière) poursuit le raisonnement jusqu’à se demander s’il ne faudrait pas regarder de plus près les statues de dictateurs qu’on abat : peut-être sont-elles dotées d’un valeur esthétique qui dépasse leur valeur pour le pouvoir, comme dit-il, on peut apprécier la valeur d’une œuvre religieuse sans croire, ou qu’on apprécie le brio des raisonnements aristotéliciens même si on les considère comme faux. (si j’ai bonne mémoire)

  5. 5 Bartleby 03/10/2007 à 12:41

    Je suis entièrement d’accord avec toi et je pense que si ce que je disais est bien ce que Bolano pensait (la phrase…), alors il a tort. Mais même s’il a tort, c’est un grand écrivain, comme sont des grands écrivains tout ceux avec lesquels je ne suis pas politiquement d’accord, mais que j’admire : Céline, Drieu, etc.P.S. : A cause de tes articles, je vais dépenser mes sous pour lire Cossery.

  6. 6 Anonymous 02/01/2009 à 16:20

    Je viens de finir la lecture des biographies fictives de Roberto Bolano. En cherchant des critiques sur ce livre, je suis tombée sur vos commentaires. Ce qui m’a intéressée dans ces notices biographiques, c’est le travail d’écriture : comment tout en gardant un ton neutre, froid de biographe, rendre ridicules, pathétiques voire détestables ces marionnettes, fantoches qui gesticulent mais qui n’arrivent jamais à présenter une épaisseur ontologique. Avec l’accumulation de ces portraits, le lecteur finit par mépriser ces individus qui forment un groupe disparate qui « s’entretient ».


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