Red le démon, Gilbert Sorrentino

Red est un démon. C’est sa Mémé qui le dit. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle lui flanque des raclées à lui arracher les yeux. Tel est le monde de Red, tabassé par sa Mémé, parce qu’il lui arrive de montrer qu’il vit, qu’il lui arrive d’être tenté de vivre, voire même, parfois, d’aimer, mais c’est rare. Dans le monde de Red, les femmes sont des putains, puisqu’elles font ça avec des hommes, ou parce que lorsqu’elles semblent ne pas le vouloir, en faite elles veulent faire ça avec des hommes, toutes. Le monde de Red est aussi laid que sa Mémé, qui se traîne, les pattes écartées, dans sa robe de chambre miteuse, laissant voir à Red, mais aussi à Pépé et Maman, ce qu’ils préfèreraient ne pas voir (:ça). Red sait qu’il est un démon et que les filles sont des grues puisque sa Mémé lui a dit, cette grue qui ne cesse de le tabasser pour se venger de la vie misérable et haineuse qui n’en est pas vraiment une. Et ce n’est pas Papa, cet alcoolique, qui donnera tort à Red, ou à Mémé, sur le sens de la vie, et sur ce que sont les uns et des autres : des grues, des nègres, des sales ritals et des efféminés. C’est un roman d’apprentissage composé de séquences de la vie du jeune Red, et surtout des raclées qu’il se prend, à coups de fouet ou d’ustensiles de cuisines, qui lui tannent la peau, donc, progressivement, Red apprend. Il n’apprend rien dans sa classe, à l’école, la classe des ratés où il finit par se sentir à sa place, puisqu’on lui répète qu’il n’est pas là par hasard, et qu’il ne comprend rien. Il ne comprend rien à ce qui lui arrive, quand Mémé lui donne, par surprise, un coup derrière la tête. Sans doute a-t-elle une raison, à moins qu’elle puisse s’en passer, pour lui apprendre que la vie est une chienne comme elle. Elle est la vie de Red, qui apprend notamment deux choses : « Ces événements permettent à Red de commencer à prendre conscience que les choses et les idées aimées et désirées par les gens peuvent être exploitées, souillées et détruites. Dans son lit, il comprend qu’il a assimilé une partie de la sagesse de Mémé. Cette sagesse luit doucement et réchauffe le centre même de sa haine. » ou : « En voyant le sang perler sur la bouche de sa victime, une grosse tache surprenante de rouge sombre, il comprend qu’en faisant mal aux choses on cesse d’avoir peur. Comment ce fait-il que ceci ne lui soit pas apparu plus tôt avec autant de clarté ? ». Red est un démon.

Heureusement, si l’on peut dire, le style de Sorrentino, dans chaque séquence, souligne avec l’humour le plus noir l’absurdité de toute cette histoire, que doit subir Red parce qu’il est ce qu’il est.

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